21/05/2007

"Epilogue"

    "Un gros rapatriement des femmes et des enfants et de quelques hommes âgés ou très malades eut lieu fin août par les Allemands (Singen, où se trouvait un camp de transit). Ramassage des marks, échangés régulièrement contre toute une kyrielle de bons de villes, dont en France, les évacués obtinrent le remboursement à raison de cent francs par mois et par famille.

    Ces centaines de personnes dont tous les biens tenaient en quatre chariots des cultivateurs de Thy-le-Château furent accueillies en France, soit à Thonon, soit à Evian. Leurs fiches y étaient prêtes. Certaines furent heureuses d'apprendre être attendues à telles adresses, et en attendant les formalités, demeurèrent en hôtels, où elle furent choyées.

    Les autres connurent le sort d'être envoyées quelque part en France, et eurent de ce fait un choix d'histoires à raconter à leurs petits-enfants. Tout particulièrement, les personnes désirant revenir en pays occupés par les armées anglaises, durent attendre environ six semaines l'agrément des deux administrations française et anglaise, et envoyées dans des chalets de montagne.

    Pour plus de détails, on pourra consulter à la Bibliothèque Nationale de Versailles le précieux Journal des Réfugiés du Pas-de-Calais, auquel collabora, sauf erreur, Monsieur Alfred Richart, dont porte le nom la belle salle de l'actuel Hôtel de ville de Lens.

    Brusquement, le 4 novembre 1917, un dimanche, les Français de sexe masculin de Thy-le-Château furent rassemblés par les Allemands en gare de Walcourt pour se retrouver le lendemain en des camps de travail, derrière le front, dans les fils barbelés

FIN

25 mars 1971

Ch. D.

                                                                                                                                 FIN"

Quelques notes complémentaires.

    En 1917, lors de la retraite des Allemands, ceux-ci voulaient évacuer la population de Lens, car ils pensaient que des combats meurtriers allaient encore avoir lieu entre eux et les troupes alliées qui avaient amorcé la contre-attaque.

    A Thy-le-Château, pour les petits Français, on avait aménagé la salle des fêtes qui se trouvait à l'étage de la maison communale. Leur instituteur était un certain M. A. Poirette.

    Une bonne partie des Lensois fut rapatriée par la Suisse fin 1917, notamment des femmes, des enfants et des vieillards. Les autres  restèrent à Thy jusqu'à la fin de la guerre. Fin 1917, le reliquat des élèves lensois non rapatriés fut cependant hébergé à Walcourt.

    Concernant Walcourt, on lira avec fruit l'ouvrage paru dernièrement "Walcourt à Quatre Vents".

20/05/2007

"Le rationnement et le ravitaillement"

    "Les évacués français qui avaient connu à Lens le communisme avant la lettre pour les distributions de denrées, soit à l'Alcazar, rue Gambetta, soit en les locaux de la Justice de Paix (Madame Sablon-Cuvillon en sauva la comptabilité), soit à la Banque de France, ne furent pas étonnés de ce qui se passait en Belgique où, cependant co-existaient, semble-t-il divers organismes.

    La distribution de beurre se faisait tous les quinze jours: la conservation d'un carnet a permis de retrouver que la ration oscilla entre 6 et 75 grammes!!! Mais, très curieusement, il se trouva que pour le sucre, 750 grammes par mois, cette ration était supérieure à ce qu'en France, à la même époque, il était distribué.

    Cette guerre de 1914/18 allait suciter le mot "Ersatz". Les Allemands avaient mis au point un ersatz du sucre appelé miel artificiel (Kunsthonig), à bon marché, également rationné et l'on parla de saccharine, mot nouveau.

    La denrée la plus rare fut le savon, et aussi le pétrole utile dans les écarts, où ne pénétrait pas encore le courant électrique.

    Une histoire gaie: un habitant du pays, ayant pris un lièvre au collet, le proposa au chef de gare allemand de Berzée qui mourait de faim en cette année 1917, qui fut la plus dure aussi pour les occupants, contre 10 litres de pétrole. Marché conclu; chacun des dix litres de pétrole fut troqué en dix fermes sises en écart, contre 15 kilos de grains. Moulu sur le champ, le blé devint farine, laquelle à Charleroi où sévissait la dizette, fut vendue à quarante francs le kilo. Calculez!

    Au point de vue financier, les Allemands inondèrent de papier-monnaie toute la Belgique, et après la guerre, sept milliards de marks furent rassemblés dans les caves de la Banque de Belgique. Néanmoins, les Alliés décidèrent de rembourser ces marks, par priorité, sur le Montant des Réparations allemandes."

                                                                                                                                       (à suivre...)

19/05/2007

"Quelques mises au point."

    "Rétrospectivement, il peut être ajouté que le Couvent dont il est question (à ne pas confondre avec celui du Champ-Bourdon, qui compta tant de victimes de la Déportation en 1944) fut occupé massivement par les Allemands, le dernier mois de la guerre.

    Dans le livre "Walcourt à Quatre Vents", édité en 1970, il est question du combat aérien qui, la veille de l'Armistice, eut lieu au-dessus du pays. L'un des deux Anglais fut tué, tandis que l'autre, fait prisonnier, fut précisément conduit au couvent de Thy-le-Château. Le lendemain, jour de l'Armistice, il fut remis en liberté et put aller assister à l'enterrement de son camarade. Il n'avait alors rien d'autre à faire, en attendant l'armée anglaise, que de retourner au couvent, où il fut hébergé. C'est à son retour de l'enterrement que, souvenir personnel, Charles Despicht eut avec lui une conversation en anglais.

    Concernant l'histoire de ce Monsieur Roussel, une récente communication de Mme Fanuel-Ruelle, actuel Bourgmestre de Thy-le-Château, fournit tous les renseignements sur les Lensois décédés à Thy-le-Château durant cette dure période. En voici la liste:

  • Legrand François le 29.03.1917
  • Levillain Jean-Baptiste le 06.04.1917
  • Roussel Albert le 12.04.1917
  • Caffart Amérine, épouse Hemel le 11.05.1917
  • Gaspard Louis le 11.06.1917
  • Schratz Joseph le 15.06.1917
  • Guillemand Cyrille le 09.07.1917
  • Damez Alexandre le 30.07.1917
  • Boutreau Joseph le 04.09.1917
  • Domarbe Emile le 10.09.1917
  • Vandewalle Laurence le 21.01.1918

(lettre du 12 mars 1971)

    La commune de Thy-le-Château souffrit lors de la dernière guerre, à cause de l'imprudence de la présence de munitions dans le quartier de l'église. Les Allemands bombardèrent ces munitions et l'église fut détruite ainsi que 18 maisons. La description de l'ancienne église qui d'ailleurs comptait trois nefs, agrandie entre les deux guerres en largeur représente un point d'histoire. L'auteur de ces lignes se souvient bien de la peinture qui se trouvait sous l'autel de Saint-Joseph, qu'il a bien examinée à l'époque, à peu près certain qu'elle revêtait un caractère ésotérique (construction du tétraèdre)

    Au cours de la seconde guerre mondiale, Walcourt, localité proche, recueillit, près de la Basilique, les corps de 24 soldats français, qui y demeurèrent plusieurs années avant le retour des cendres en France."

                                                                                                                                   (à suivre...)

18/05/2007

Revisitons le village

    "C'est en 1909 que la commune de Thy-le-Château ouvrit cette belle école, en remplacement de l'ancienne, devenue débarras et qui se trouvait encore entre l'église et le chemin de fer, près de la barrière du passage à niveau de la rue menant Al'Vaux.

    Le groupe comprenait deux classes au rez-de-chaussée, au-dessus, une grande salle à multiples usages, le tout flanqué, à droite d'un bâtiment, siège de l'administration communale, à gauche de la maison de l'Instituteur-Chef (terme belge équivalant à Directeur d'école), lequel disposait d'un immense jardin. Cela voisinait un grand terrain sur lequel il fut un moment question de bâtir une nouvelle église. Cela ne se réalisa pas et aujourd'hui une importante installation électrique et un terrain de sport se partagent cette place en forte déclivité. C'est ce que l'on appelle encore le Centre.

    Au siècle dernier, Thy-le-Château possédait des hauts fourneaux, dont les sous-structures pouvaient encore s'apercevoir en 1917/18, précisément auprès du local de distribution de soupe. Le nom figure encore en Bourse, pour la cotation de valeurs d'une société qui émigra vers Charleroi. Il subsistait un énorme crassier, au long du chemin de fer allant à Gourdinnes. Pendant la guerre, les Allemands l'exploitèrent largement, vraisemblablement pour l'aménagement du front. C'est la raison qui, au moment où ils procédèrent, très méthodiquement d'ailleurs, au démontage de voies de moindre intérêt, ils conservèrent le tronçon de Thy aux abords du crassier. En 1960, le crassier n'était pas encore épuisé, alors exploité par des engins modernes.

    Depuis un demi-siècle, il y a pu avoir quelques changements dans le village. L'ancienne gare, vétuste, a été remplacée par un beau bâtiment, devenu inutile par la suppression du trafic ferroviaire, et converti en école.

    La voirie a été grandement améliorée mais, en fait, ces lieux où ont passé les Lensois sont demeurés dans ce quartier, bien reconnaissables. Il n'en est pas de même dans les environs de l'église.

Quelques noms peuvent être rappelés, des autorités dévouées de Thy-le-Château.

  • le bourgmestre s'appelait Nicolas Riffont;
  • les deux échevins Messieurs Delmarche et Labruyère, ce dernier décédé en 1918;
  • les deux instituteurs Messieurs Colard et Devaux;
  • les deux docteurs Messieurs Bouttiaux et Lebucq;
  • le nom du vicaire pourrait être retrouvé;
  • la religieuse était l'imposante Soeur Marie-Louise;
  • le chef de gare, réfractère aux Allemands, s'appelait Jeanmart;
  • le directeur de l'aciérie, Brichot;
  • le notaire?
  • le secrétaire communal déjà très âgé, s'appelait Bayet.

    Il eut à supporter une très lourde tâche avec l'arrivée des réfugiés, notamment pour la rédaction de nouvelles cartes d'identité, devenues aujourd'hui sujets de curiosité. Elle étaient trilingues, allemand, flamand et français. L'une d'entre elles a été déposée, ces dernières années à Vincennes, au Musée de la Guerre, porteuse du cachet communal de Thy-le-Château.

    Elles s'accompagnaient d'une carte de contrôle, pour les hommes de 15 à 60 ans. Un grand "A", encerclé, signalait les réfugiés (Abschüblinge). De plus, toujours pour les hommes de plus de 15 ans, jusqu'à 60, un grand rectangle comportant le mot  "IN UBERWACHUNG" (sous surveillance) était de règle. Tous les mois, les réfugiés étaient soumis à un contrôle, à date imprévisible, par un service allemand installé à Mariembourg.

    Coïncidence assez curieuse, en mars 1971, les deux personnes citées dans cet article, Messieurs Jules Dupont et Jules Servais étaient toujours vivants sur les bords de la Thiria."

(Le vicaire de l'époque s'appelait Mahillon et le notaire Léon Laurent.)

                                                                                                                                    (à suivre...)

17/05/2007

Thy-le-Château en 1917

    « L'auteur de ces lignes devait demeurer à Thy-le-Château jusqu'au 3 décembre 1918, sauf pendant une courte période (du 4 novembre au 12 décembre 1917). Il eut l'occasion de bien connaître le pays et son histoire. (Il en a écrit une monographie en 1968, pour le cinquantième anniversaire de l'Armistice).

    La localité fut rapidement envahie au début de la guerre par les troupes allemandes qui épargnèrent ce lieu, contrairement à Laneffe, Pry, Walcourt qui connurent des incendies. Mais une partie de la population s'était enfuie en France, rassemblée par la suite en Normandie par le patron des laminoirs qui remonta une usine de fers à cheval pour l'armée, en utilisant un procédé, alors récent, de récupération. Les deux usines étaient pratiquement fermées, et bientôt, elles allaient être dynamitées par les Services allemands collectant de la ferraille pour leur industrie de guerre (1917). A l'époque de l'arrivée des Lensois, Thy-le-Château comptait déjà des chômeurs de tout rang qui vivaient comme ils pouvaient. Les plus étoffés fournirent les cadres dont il est question pour les gens qui, eux, justement n'étaient accompagnés d'aucune de ces autorités lensoises du Centre de la ville non encore évacué.

    Deux mois plus tard, il s'est trouvé, au contraire que les derniers lensois, parqués au-delà de la Meuse, notamment en plusieurs villages abandonnés par leurs autorités belges, eurent un genre d'existence quelque peu différent.

    Chose étonnante. Quelques personnes de Thy-le-Château qui s'étaient enfuies en 1914, ayant connu en France pas mal de difficultés, à l'annonce du fait que Thy-le-Château avait été préservé, étaient revenues via la Suisse et l'Allemagne, en 1915, au moment où les occupants pratiquèrent une politique de relative douceur à l'égard des Belges. Explication de la différence de traitement avec celui des départements français occupés. (Poste, chemin de fer, tabac, etc.). »

                                                                                                                                     (à suivre...)

Encore quelques infos complémentaires

books mail

    En 1971, un Lensois, M. Charles Desplicht, entreprit des recherches en vue d’éditer des articles repris sous le titre « Contribution à la reconstitution de l’histoire de Lens ». Les pages qui suivront reprennent le fruit de ces recherches et apportent un complément d’information qui se rapporte au séjour des Lensois à Thy-le-Château et à quelques événements survenus dans la localité postérieurement à leur départ.

                                                                                                                                   

07/05/2007

 "Au petit bonheur la chance"

"Avril 1917.

    Il est un autre lieu où les Lensois se rencontrent avec plaisir: à la distribution de la soupe quotidienne. L'arrivée des Français a posé, en effet, un problème qui se résout ici d'une manière collective et les Belges ont installé, peut-être même élargi un organisme communal où nous faisons délicieusement la queue dans les effluves de vapeur échappée de deux grandes chaudières.

Thy cour du Moncia 1908    Une vieille maison blanche, juste au-delà du passage à niveau principal, contemporaine peut-être des hauts fourneaux qui rougeoyaient autrefois alors que Thy-le-Château produisait son fer (témoin le crassier). Ces hauts fourneaux ont disparu, mais on aperçoit encore, tout près, les fondations. Ce qui nous intéresse aujourd'hui, ce sont les bas fourneaux aperçus par la fenêtre étroite où entrent et sortent tous les genres possibles de récipients venus de Lens ou extraits des greniers et des arrière-cuisines de Thy, quand ce ne sont pas les derniers articles achetés de justesse chez les seuls quincailliers du lieu.

    A ce propos, nous voilà habitués aux spécialités du pays: bouilloires en fer qu'on appelle ici coquemares, seaux émaillés ou non, très pratiquement porteurs d'un versoir comme en avait notre arrosoir, la pomme en moins et cafetières simplifiées, issues d'un simple cylindre ramené en tronc de cône par refoulement, lequel libérant par le haut un peu de tôle a permis d'en façonner un cône inverse qui sert de bec.

    A qui le tour? Cette soupe est servie aux familles des chômeurs et nous en sommes bien. Bientôt, nous devrons aller au pointage à heure variable, dit le matin pour l'après-midi, et l'après-midi, pour le lendemain matin.

    A qui le tour? La vieille petite grosse femme en tablier bleu - à qui l'on fait des sourires - flanquée de deux contrôleurs inflexibles, manie sa louche à long manche et s'entend souvent dire de la rue:

    "Touillez bien Madame, prenez dans le fond!" et de là son nom: c'est Madame Quitouille, que nous l'avons appelée.

    Au petit bonheur la chance! En ramenant sous sa pèlerine à capuchon, le précieux réceptacle, pour en conserver la chaleur, le petit réfugié sait, certes, ce qu'aujourd'hui, bientôt, chez lui, il trouvera dans son bol ou son assiette: haricots ou lentilles, maïs ou flocons de riz, peut-être un lardon d'Amérique et jusqu'à preuve du contraire, au rapport de la quantité du fond, il espère avoir tiré un bon numéro.

    Le temps est loin, en effet, où il fallait lui faire avaler une cuillerée pour papa, une pour maman. A présent, volontiers, il en dédierait bien une à tous ses oncles et tantes, cousins et cousines, présents et à venir."

                                                                                                                                Fin.