02/07/2007

Les Dames de Crèvecoeur

soldats    En 1554, envahissant les Pays-Bas, les troupes du roi de France Henri II sommèrent Bouvignes d’ouvrir ses portes.

    Devant le refus des habitants, l’artillerie française bombarda les fortifications avant que ne soit donné un assaut qui emporta la ville et entraîna un véritable carnage. La grosse tour de crèvecoeur fit aussi l’objet d’une attaque. Parmi les défenseurs, se trouvaient trois des meilleurs chevaliers du pays. Leurs épouses, jeunes et belles, les secondaient, soignaient les blessés et combattants avec intrépidité.

    Leur romantique histoire nous est rapportée dans une ballade  chantée par un aveugle au XIXème siècle :

  • Approchez, chrétiens fidèles,

  • Pour entendre réciter

  • Comme en ce château croulé,

  • Trois dames jeunes et belles

  • Du haut des tours ont sauté.

  • Requiscant in pace.

  • C’était au temps de la guerre,

  • L’ennemi plein de fureur

  • Vint assiéger Crèvecoeur

  • Et depuis semaine entière

  • Battait brèche avec ardeur

  • Et tuait les défenseurs.

  • Or voici que des trois dames,

  • Les preux et nobles époux

  • Sont tombés sous de bons coups ;

  • La garnison rendait l’âme

  • Il n’y avait plus sur pied

  • Que dix archers, voilà tout.

  • Pour ne pas tomber vivantes,

  • Aux mains des durs assiégeants,

  • Les trois dames bravement

  • S’en vont sur la tour branlante,

  • Monter en blancs vêtements

  • Et par la main se tenant,

  • Elles font une prière

  • En levant les yeux au ciel et puis,

  • D’un saut merveilleux

  • Tombent dans l’air du Bon Dieu

  • Sur les piques et les pieux.

  • Depuis ce trépas si digne

  • Qui nous crève à tous le cœur,

  • On appela Crèvecoeur

  • Le vieux château de Bouvignes.

  • Qu’il plaise au divin Seigneur

  • Prendre leur âme en douceur !

  • Pour ne pas tomber vivantes.

                                                                                                                                         Extrait de "Wallonies terre de légendes"                                        

08:01 Écrit par Bob dans Légendes | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : bouvignes, villages esm |  Facebook |

01/07/2007

Le château de Crèvecoeur

Les origines de la forteresse:

Bouvignes forteresse grav    L'empereur Otton 1er fit don, en 940, au comte Béranger de la terre de Bouvignes. Au début du XIe siècle,  Godefroid, comte de Namur fit construire une redoutable forteresse sur le versant de la colline rocheuse, dominant la Meuse dinantaise.

    En 1176, Henri 1er l'Aveugle fit entourer la bourgade de murailles. Cette précaution fut cependant insuffisante lorsque Bauduin V de Hainaut s'empara de la bourgade en 1188. Il quitta cependant bientôt la place et, en 1230, Marguerite de Courtenay fit flanquer les murailles de Bouvignes de seize tours.

    Cette intervention défensive aux remparts de la ville fut des plus efficace au cours des nombreuses guerres opposant Bouvignois, dépendants du Comté de Namur et Dinantais, sujets du Prince-évêque de Liège.

    Au XIVe siècle, Marie d'Artois fit encore construire un donjon rectangulaire sur le rocher qui domine toute la vallée de la Meuse.

Quelques aperçus des guerres entre Dinantais et Bouvignois:

Bouvignes château crèvecoeur tour    Les artisans de Bouvignes, en terre namuroise, puis bourguignonne, et ceux de Dinant, bonne ville liégeoise, s'adonnaient au travail du cuivre. Les deux localités, toutes proches, seulement séparées par la Meuse, étaient non seulement rivales politiques, mais encore rivales du point de vue économique.

    Les deux villes ennemies se déchirèrent trois siècles durant, si bien que pour faire pendant à la tour dinantaise de Montorgueil, élevée sur un petit monticule, à l'entrée des fonds de Leffe et à ce jour, complètement disparue, les Bouvignois entreprirent au XIVe siècle d'importants travaux d'agrandissement du donjon de Crève-Coeur, qui avait été érigé au XIe siècle. Le donjon fut ainsi englobé dans une enceinte, puis on y ajouta une tour, en contrebas, au XVe siècle.

    En 1321, les Dinantais assiégèrent pendant 40 jours la place de Bouvignes. L'Evêque de Liège, Adolphe de la Marck, qui possédait une résidence et un domaine à Dinant, vint personnellement soutenir la fougue des assaillants, en vain et les Dinantais durent repasser la Meuse, bredouilles.

    En 1430, alors que Philippe le Bon régnait sur le comté de Namur, les Dinantais montèrent une nouvelle fois à l'assaut de Bouvignes. Pour cette fois, le Prince-Evêque, Jean VII de Heinsberg, ne prit plus la peine d'effectuer le déplacement. Bien lui en prit, puisque les Dinantais durent, à nouveau, lever le siège, comme en 1321.

    En 1554, Henri II, roi de France, en guerre contre Charles Quint, mit tout le monde d'accord: il fit le siège indistinctement aux deux villes. Bouvignes et Dinant avaient, cette fois, hérité d'un ennemi commun.

Bouvignes château crèvecoeur ruines    A la tête de la défense de Bouvignes se trouvait, en ces temps difficiles, Pierre Harroy, capitaine du château, qui, avec ses 300 hommes, défendit la place avec la dernière énergie. Malgré toute la bravoure dont firent preuve les défenseurs, des murailles et du castel de Bouvignes, les français ne laissèrent par beaucoup plus que ce que l'on peut encore voir aujourd'hui: la porte de Val, percée entre deux tours massives, dont il ne reste que les bases, quelques pans de mur effondrés et le moignon de la tour de Crèvecoeur en ruines.

    La tradition rapporte que trois jeunes filles, fiancées à des défenseurs tués au cours du siège, se réfugièrent tout au sommet de la tour de Crèvecoeur et, de là, plutôt que de subir les derniers outrages, se jetèrent dans la Meuse.

Visite des ruines.

Les vestiges de cette ancienne forteresse, où eurent lieu des combats héroïques, ne manquant pas d'être émouvant. Depuis le premier rocher de Crève-Coeur, d'où la vue s'étend vers le village de Houx, les ruines de Poilvache et la ville de Dinant, on découvre l'un des plus prestigieux panoramas mosans.

                                                                                                                                           La visite est gratuite, ne vous en privez pas !

 

08:00 Écrit par Bob dans Châteaux | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : bouvignes, villages esm |  Facebook |

30/06/2007

Le règlement du conflit entre Dinant et Bouvignes

Bouvignes église int NB    Il faut bien reconnaître qu’au moyen-âge, les différents territoriaux et autres ont surgi à plusieurs reprises entre le comté de Namur et la principauté de Liège., provoquant des guerres entre les habitants des deux entités territoriales et la rivalité bien connue des marchands batteurs de cuivre de Dinant, "Bonne ville liégeoise" et de Bouvignes, sous l'autorité du comte de Namur, fut, dans certains cas, la cause ou le prétexte de nombreuses hostilités.

    Il semble bien que, peu après l'avènement du prince-évêque Jean de Heynsbergh en 1419, des actes de violence aient été commis par les Namurois sur les terres liégeoises. La situation s'aggravant, le comte de Namur, mis en mauvaise posture par l'attitude de ses sujets et désireux d'éviter l'envahissement de son comté, préféra composer avec son voisin et régler le conflit par voie d'arbitrage.

Bouvignes église Statuaire NB    Il fut décidé, le 24 juillet 1420, que ce serait l'évêque, assisté des villes de Liège et Huy qui rendraient sentence sur tous les points litigieux. Le 31 décembre 1420, l'évêque et ses deux "Bonnes villes" condamnèrent Jean III à payer la somme de 21.000 florins d'or. 

    Or sur ces entrefaites, Jean III, dont la situation financière était très difficile, avait réuni les états de son comté afin d'obtenir leur aide, mais en vain. A bout de ressources, et sans héritier, il en avait été réduit à vendre son comté au duc de Bourgogne, Philippe le Bon, pour la somme de 132.000 couronnes, sous réserve d'usufruit viager (14 décembre 1420). Il put donc payer son amende à l'évêque et en obtint quittance le 25 janvier 1422.

    Le pardon lui fut accordé le 20 mai 1422, ainsi qu'à ses sujets. Comme convenu dans le pacte conclu avec Philippe le Bon, Jean II, comte de Namur conserva l'usufruit de son comté jusqu'à sa mort qui survint le 1er mars 1429.

                                                                                                                                     Fin.

29/06/2007

Les causes de discorde avec la ville de Dinant

Bouvignes village & Crèvecoeur    En face de Bouvignes, Dinant était devenue une cité très active du point de vue économique avec un marché et des halles prospères. Elle était devenue la troisième ville de la Principauté en importance après Liège et Huy, avant d'être anéantie en 1466 par les Bourguignons.

    L'industrie du cuivre se développa à Bouvignes dans le courant du XIIIe siècle et venait en concurrence directe avec les batteries dinantaises. Leur talent dans l'art de la dinanderie était équivalente, si bien qu'il est presque impossible, à l'heure actuelle, de déterminer de quelle rive de la Meuse provient telle ou telle oeuvre d'art. Leur renommée était internationale et ils exportaient leurs oeuvres en Angleterre, aux Pays Bas, en France...

Bouvignes village    Par acte du 17 juin 1328, le comte Jean de Namur accordait aux batteurs de cuivre de Bouvignes le monopole des "derlières" d'Andoy et des autres "derlières" qui seraient éventuellement découvertes sur ses terres. La "derle" est la terre plastique dont les batteurs de cuivre confectionnaient leurs creusets dans lesquels il fondaient le cuivre et à construirsaient les moules. Ce privilège accordé aux Bouvignois leur donnait un avantage important sur leurs rivaux Dinantais qui ne trouvaient nulle part sur le territoire de la Principauté une terre plastique adéquate.

Bouvignes cp 1    Bouvignes resta jusqu'au milieu du XVIe siècle le centre de la batterie. On comptait 252 batteurs à l'époque qui procuraient du travail et faisaient vivre un bon millier de ménages. Le plus célèbre d'entre eux, Antoine de Nassogne, est l'auteur de l'aigle magnifique qui tient lieu de lutrin et qui orne encore actuellement l'église de Bouvignes.

    A Dinant se tenait chaque année, à partir du 11 novembre, la foire de St-Martin. Celle-ci amenait à Dinant des réunions de marchands et une foule importante. Lorsque la ville fut mise à sac en août 1466 par les hommes en arme de Charles le Téméraire, bon nombre d'habitants furent massacrés et leurs habitations détruites.

Bouvignes cp 2    Bouvignes, ville voisine et rivale profita de l'opportunité pour ouvrir ses portes aux marchands et aux nombreux voyageurs habitués à se rendre à la foire dinantaise. Philippe le Bon, de qui dépendait la destinée du Comté de Namur, accorda l'autorisation à Bouvignes d'organiser la foire St-Marin en date du 16 octobre 1466. Cette autorisation fut accordée pour une durée de dix ans.

Bouvignes ruelle NB    La foire eut lieu à la même date jusqu'à la mort de Charles le Téméraire, fils de Philippe le Bon, décédé à Nancy en 1477. Cependant, les Dinantais avaient repris possession de leur ville et pansé les stigmates de la guerre. Le commerce avait repris et l'industrie relevait de ses cendres, aussi voulurent-ils faire revenir chez eux les marchands comme autrefois. Les Bouvignois, constatant que pas mal de marchands avaient repris le chemin de Dinant pour participer à la renaissance de la foire St-Martin, demandèrent, en 1481, à leur prince, l'autorisation de devancer la date de leur propre foire de cinq jours, afin de mettre à mal celle de la ville rivale. Bien que l'autorisation leur fut accordée, les Bouvignois n'arrivèrent pas à détourner les marchands et le public de Dinant, d'autant plus que le Prince-Evêque de Liège avait, dans le même temps, accordé de nouveaux privilèges à la ville de Dinant. La foire de Bouvignes périclita et disparut peu de temps après.

                                                                                                                                          (à suivre...)

28/06/2007

Les origines politiques de Bouvignes

Bouvignes panorama    La localité de Bouvignes trouve l'origine de son nom d'une appellation gallo-romane du XIe siècle "Bovinia" ou "propriété de Bovinius.

    L'existence de la ville  trouve, par contre, son origine dans un conflit opposant les Princes-Evêques de Liège aux Comtes de Namur.

    Dinant était une des places fortifiées les plus anciennes sur la Meuse. Elle était au haut Moyen-Âge à la fois un bourg fortifié, un centre religieux et un important marché. L'évêque de Liège y possédait une résidence et un domaine qui sera à l'origine de la paroisse St-Vincent.

Bouvignes pnorama NB    A la fin du Xe siècle, l'évêque reçu en don d'un souverain carolingien l'église Notre-Dame et ses dépendances. Par cette donation, l'évêque de Liège était devenu le  principal propriétaire du lieu. Le chapitre Notre-Dame de Dinant forma bientôt un quartier fortifié à l'intérieur de la ville.

    En 985, l'évêque Notger avait obtenu de l'empereur d'Allemagne que son domaine de Dinant soit totalement soustrait à l'autorité du comte de Namur. Ce fut une source de conflit permanent dont l'évêque sortit gagnant. A plusieurs reprises, les évêques successifs reçurent confirmation de leurs droits, de l'empereur Henri IV en 1070, puis plus tard, de Frédéric Ier Barberousse.

Bouvignes vue sur    Le comte de Namur, qui avait perdu peu à peu tout pouvoir sur Dinant et la rive droite de la Meuse, alla s'établir sur la rive gauche du fleuve où il maintint une partie du domaine primitif de Dinant. C'est à cet endroit que se développa une petite bourgade du nom de Bouvignes qui entretiendra des relations de haine avec sa voisine, devenue rivale pour des motifs à la fois politiques et économiques.

                                                                                                                                          (suivre...)

27/06/2007

Le village de Bouvignes

Bouvignes hôtel de ville et église    Le petit village de Bouvignes, situé à quelques encablures seulement de la "belle fille de Meuse", comme l'appelait Victor Hugo et peu fréquenté par les touristes, respire le passé. La dimension de ses ruelles n'a pas changé depuis six siècles. Leur disposition à angle droit, non plus.

Bouvignes maison espagnole    Une fois au milieu de la place du village, on débarque en plein XVe siècle, avec sa maison espagnole, convertie en Musée de l'Eclairage, comme point de repère. cette habitation du XVIe siècle est un édifice de pure splendeur, qui grâce à son style architectural Renaissance flamande, semble sortir tout droit d'un livre d'histoire.

 

 

bouvignes panorama vu de crevecoeur    Les petites maisons construites en pierres grises de Meuse qui encerclent la place, témoignent des difficiles conditions de vie et de la promiscuité qui existaient au moyen-âge.

 

Bouvignes église St Lambert    Une légende raconte qu'en dessous de la place existerait trois étages de souterrains et de caves qui furent aménagés jadis pour fuir plus rapidement et plus discrètement les lieux, le jour où Bouvignes était attaquée. A ce jour, aucune fouille n'a pu encore être entreprise pour vérifier ces dires. Cependant, il y a quelque temps, un camion heurta l'angle d'une maison de la place et, d'un coup, il s'est retrouvé dans une excavation profonde de deux mètres dans le sol.

                                                                                                                                           (à suivre...)