11/10/2007

Le marbre "Bleu Belge"

marbre bleu belge 2    Le Bleu Belge date du viséen supérieur. Il s'agit d'un marbre noir, légèrement bleuâtre, veiné de larges bandes de calcite qui se croisent en tous sens. Il présente le défaut de contenir des "clous", petites particules siliceuses très dures.

    Il se présente en bancs nettement stratifiés, dont l'épaisseur varie de 30 à 80 centimètres. Il était principalement exploité à Bioul, Falaën et Haut-le-Wastia, ainsi qu'à Bouffioulx.

    Il existe également un banc de pierre auquel on attribua le même nom à Burnot-Profondeville à cause de la ressemblance qu'il présente.

                                                                                                                                       .

22/05/2007

Le musée du "Fusil rouillé"

    Le musée a été créé à l'initiative de Monsieur Massart, militaire admis à la retraite, qui, passionné par son métier, s'est appliqué à effectuer des recherches sur les anciens champs de bataille des Ardennes et sur les forts du Namurois.

    La moisson fut importante: obus, grenades, bombes-mortiers, cartouches, fusils, baïonnettes, gamelles, casques, ... abandonnés par les combattants des deux guerres mondiales prirent le chemin de Bioul. Des bombes-mortiers de 80 mm. allemandes, ensevelies depuis des années, furent récupérées au fort d'Andoy, en terre depuis l'attaque du fort en 1914.

    D'autres pièces proviennent encore de brocantes, de bourses de collections ou encore de chez quelques particuliers.

    Le musée ainsi constitué renferme, à côté des armes et des munitions, les uniformes et équipements des armées belges, françaises, allemandes, anglaises, américaines ... qui prirent part aux deux guerres mondiales.

    Une grosse bombe d'avion monte la garde auprès de la porte d'entrée.

Adresse :

Rue du les Dos, 1
5537 BIOUL
Tél : 071/79.85.32

Le musée est ouvert toute l'année de 10 à 18h00

fusil

 

                                                                                                                                       

20/04/2007

Le château de Bioul

Un peu d'histoire.

    La seigneurie de Bioul est très ancienne et était déjà connue au Xe siècle. Elle était l'une des plus importantes de l'Entre-Sambre-et-Meuse.

    Une légende rapporte l'animosité qui existait entre le seigneur de Bioul et les Berlaymont, seigneurs de Montaigle, au début du XIIe siècle.

    En 1434, le château de Bioul dut résister à une violente attaque menée par les Dinantais. Maintenus à distance, il durent se rabattre sur l'église du village et la pillèrent.

1Bioul château grav Remacle Leloup 1738-44 colorisé    Comme beaucoup de châteaux de la région, Bioul fut également le théâtre des nombreuses guerres qui ensanglantèrent le pays au cours des XVIe et XVIIe siècles. Le château fut notamment incendié en 1554 par les troupes du roi de France, Henri II. Les guerres de Charles Quint y amenèrent les vagues de pilleurs. En 1652, des Français, venus de Rocroi incendièrent et pillèrent le village après y avoir tué quatre habitants, puis, à la fin du XVIIe siècle, ce fut le tour des mercenaires de Louis XIV de passer par la région.

    A côté des dégâts causés par les guerres, il faut encore compter les différentes épidémies de peste qui ravagèrent nos contrées, comme celle de 1636 qui causa la mort de pas moins de 40 personnes dans la paroisse de Bioul.

Les seigneurs de Bioul.

    Les premières évocations de membres de la famille d'Orbais apparaissent dans les écrits du XIe siècle, et notamment durant la période de 1095 à 1098, en la personne de Balduinus d'Orbais. C'est un descendant de cette famille que l'on trouve à la tête de la terre de Bioul.

  • Gobert d'Orbais, dit de Bioul était chevalier et seigneur de Bioul de 1210 à 1266. Il épousa Eve de Hierges, fille de Henri de Hierges et de Yolende de Rumigny. Il détenait de nombreuses propriétés, qu'il céda en faveur d'églises ou d'abbayes. Ils eurent deux fils: Gilles et Enguerrand.
  • Gilles d'Orbais devint, à son tour, sire de Bioul et de Hierges et poursuivit les donations à différents monastères, à la manière de son père.
  • Enguerrand d'Orbais ou de Bioul était sire de Hierges, chevalier, avoué de Boignée et souverain bailli du comté. Il succéda à son frère de 1261 à 1292. Il avait épousé Ade, fille de Henri de Loyers, de qui il eut deux filles. La première épousa Jacques de Beaufort de Celle; la seconde, répondant au prénom de Berthe, épousa Gérard III de Jauche, maître d'hôtel de Thomas, comte de Flandre.
  • Gérard III de Jauche devint, du chef de son épouse, le nouveau seigneur de Bioul, à la mort de son beau-père. De leur union naquirent quatre fils et plusieurs filles. L'aîné d'entre eux, Gérard, devint le nouveau seigneur de Bioul.
  • Gérard IV de Jauche fut chevalier (1261 - 1284), sire de Jauche, de Baudour et de Hierges.
  • Gérard V, fils du précédent, chevalier, prit la succession de son père en 1288. Créé chevalier en cette même année, il était à la fois sire de Bioul, de Jauche, de Hierges, de Baudour, avoué de Vencimont, de Bièvre, de Sedan,... Il devint encore maréchal du Hainaut en 1295, avant de mourir vers 1297. Il eut plusieurs enfants, dont son fils Gilles, qui hérita de la terre de Bioul.
  • Gilles, puissant seigneur dans la lignée de ses prédécesseurs, disposait encore d'un domaine étendu et des revenus importants. Son fils, dénommé Gilles également, lui succéda.
  • Gilles, chevalier, sire de Bioul, de Jauche et Hierges, dut vendre le domaine familial de Hierges. Il eut trois enfants: Gilles, Jacques et Jeanne. L'aîné des enfants décéda avant son père et ce fut son cadet, bien que toujours en bas âge, qui devint sire de Bioul.
  • Jacques, sire de Bioul, connut malheureusement les guerres qui ravagèrent la région et, par deux fois, il fut fait prisonnier par les Français. Afin de pouvoir payer la rançon réclamée, il fut forcé de vendre Assche et d'hypothéquer Bioul. Il eut au moins trois enfants: Gilles, Jeanne et Jacques.
  • Gilles de Jauche, fils du précédent (relief de 1427).
  • Jeanne, sa soeur, fit relief en 1466.
  • Jacques, son frère, la remplaça et eut deux enfants, Jean et Jeanne.
  • Jean de Jauche fut le dernier de la famille à détenir le titre de seigneur de Bioul, les terres ayant été hypothéquées par son père Jacques, en 1482, au profit de Nicolas Goblet, marchand de Bouvignes.
  • Nicolas Goblet obtint en plus, en 1487, la jouissance de la terre de Bioul, contre 1924 florins.
  • J. Goblet, fils de Nicolas Goblet, capitaine de Samson, fit relief le 09/08/1502 qui transmit la seigneurie à son fils Jean.
  • Jean Goblet, fils du précédent, reçu la seigneurie le 30/05/1508.
  • Jean de Jauche, qui avait intenté un procès en retrait à J. Goblet obtint gain de cause et put faire relief en décembre 1511. Peu de temps après avoir repris possession de son domaine, Jean de Jauche l'hypothéqua à nouveau. Par un acte fictif, il fit donation, en avril 1518, de la seigneurie de Bioul à J. Onin, dans le seul but d'obtenir des fonds pour subvenir à ses besoins. En octobre de la même année, il s'opposa à la réalisation de l'acte. Toujours couvert de dettes, Jean de Jauche accensa sa seigneurie à son cousin J. de Hosden, à condition, pour lui de liquider le passif qui la grevait.
  • J. de Hosden succéda à Jean de Jauche le 14 mars 1520.
  • Loys de Celles, époux de Marguerite de Cottereau, soeur de Michel de Jauche fit retraire le fief des mains de J. de Hosden, après avoir racheté les rentes qui grevaient la terre de Bioul. Il en fit relief en octobre 1522.
  • Thierry de Brandebourg reçut la terre le 22 décembre 1522 en échange d'une rente de 99 livres. Dès 1524, il fut lieutenant de Berghes, gouverneur et souverain bailli du comté de Namur, seigneur et baron de Bioul, vicomte de Dinant d'Esclaye et de Walzin. Il devint, de par l'estime de son souverain, un des capitaines les plus distingués du pays. Deux de ses fils lui succédèrent Pierre puis Jean.
  • Pierre de Brandebourg était chevalier et gentilhomme de la bouche du Roi. Il eut de son épouse Catherine de la Rivière une fille unique qui s'appela Iehenne et qui mourut en bas âge. Pierre de Brandebourg participa activement aux troubles qui marquèrent le XVIe siècle et s'attira les foudres du duc d'Albe. Pour ses actions, il fut banni et ses biens furent confisqués. Il fut remplacé par son frère Jean.
  • Jean de Brandebourg remplaça son frère à la tête de la terre de Bioul. Deux de ses fils lui succédèrent par la suite: Charles et Gilles.
  • Charles de Brandebourg prit la succession de la seigneurie.
  • Gilles de Brandebourg remplaça son frère.
  • Florent de Brandebourg, fils de Gilles accumulait les titres: il était notamment premier pair du comté de Namur et de Luxembourg, grand forestier de son Altesse au duché de Bouillon, baron de Bioul, Beauraing, vicomte d'Esclaye, Stolzembourg, Oudembourg, Dinant, seigneur de Château-Thierry, Gedinne, Walzin, Rendeux, ..., haut avoué d'Anseremme, Hastière, Falmignoul, ... Ne disposant d'aucun héritier de sexe masculin, ce fut sa fille, Jeanne, qui lui succéda.
  • Jeanne de Bioul était chanoinesse de Nivelles et fit relief de la terre de Bioul en 1702.
  • Marie-Phil.-M. de Bioul, soeur de la précédente vendit le domaine le 22 juin 1708 à Guillaume Bilquin.
  • Guillaume Bilquin; la nouvelle famille seigneuriale avait pour nom de Bilquin, seigneur de Bioul, Marchienne-au-Pont, grand bailli des bois et forêts de son Altesse de Cologne, Primat de Liège. De son épouse , Marie-Agnès de Baillencourt, il eut plusieurs enfants entre lesquels ils partagèrent leurs biens. La terre de Bioul échut à leur gendre Guillaume-Nicolas de Moreau. Guillaume Bilquin décéda le 25 juin 1710. Sa pierre tombale est insérée dans le coeur de l'église de Bioul.
  • Guillaume-Nicolas de Moreau céda la terre de Bioul à son fils André à l'occasion de son mariage le 24 avril 1736. Il était maître de forges, chevalier, seigneur d'Hommelbroeck, bailli et mayeur de la ville de Charleroi. Il obtint confirmation de noblesse et le titre de chevalier par lettres patentes du 9 juin 1731.
  • André de Moreau acquit le moulin banal de Bioul le 22 octobre 1737. Il décéda le 26 novembre 1757. Sa pierre tombale, valant également pour ses deux fils, est insérée dans le transept droit de l'église de Bioul. Il était maître de forges à Neffe et portait les noms de Moreau, de Neffe, d'Arbre. Il avait épousé à Bouvignes Jeanne Bouille, fille de David, échevin de Bouvignes et dont le frère Thierry était bourgmestre de Bouvignes.
  • Guillaume de Moreau, fils d'André lui succéda et fit relief de la terre de Bioul, le 14 mars 1755, avec le concours de son tuteur Charles-Alexis de Montpellier. Le 23 décembre 1762, il acheta à la dame Demartin le domaine et la seigneurie de Neffe. Dénommé seigneur de Bioul, de Romiée et Neffe, il avait acheté, avec son père, la forge du milieu sur le Rouillon. Il décéda le 30 janvier 1776. Tout comme son père et son frère Henri-Simon, qui décéda en 1751, il était chevalier du Saint-Empire. Son fils Jean-Michel-Raymond lui succéda, à sa mort.
  • Jean-Michel-Raymond de Moreau hérita de la seigneurie au décès de son père. Sous le régime français, il devint membre du Conseil général du département de Sambre-et-Meuse et sous-préfet de Dinant. Sous le régime hollandais, il occupa les fonctions de Député aux Etats Géneraux provinciaux à La Haye, puis fut membre de la seconde chambre des Etats Généraux en 1818 et de la première chambre en 1831. Après la naissance du nouvel état de Belgique, il devint bourgmestre de Bioul, où il décéda le 3 juillet 1835.

    Dans la famille de Moreau, lors de la succession, l'aîné des enfants devenait seigneur de Bioul tandis que le puîné recevait la terre de Neffe, son château et le titre de chevalier en héritage. Cette branche s'éteignit en 1870 avec le décès du chevalier Félix de Moreau.

Bioul château entrée chapelle    Les de Moreau cédèrent leur propriété de Bioul, comportant 322 hectares et renfermant deux fermes, un moulin et un pressoir, celle de Neffe, d'une superficie de 199 hectares et la terre de Salet qui comptait 142 hectares, à René Moretus et son épouse Marie de Theux.  Celle-ci lui donna cinq enfants. Henri, le fils cadet reprit le château, mais étant entré chez les jésuites et ne résidant pas à Bioul, il vendit la propriété.

    Locataire de la propriété depuis 1896, M. François Vaxelaire-Claes acheta le domaine à la famille Moretus en 1906. Le château est resté dans la famille depuis cette date et passe de père en fils.

    Raymond Vaxelaire, fils de François, fut anobli et portait le titre de baron, qu'il céda à sa mort, le 11 mars 1947, à son fils François, qui hérita également du château. Ce dernier décéda le 5 novembre 1990 et c'est l'aîné de ses fils, Raymond qui est devenu baron Vaxelaire et le nouveau propriétaire du château de Bioul

Le château de Bioul.

    Comme nous l'avons vu, le château connut différentes fortunes au cours de sa longue existence. Il commandait tout le plateau et relevait directement du Comté de Namur. Les seigneurs de ce fief détenaient le droit de haute, moyenne et basse justice.

    Le domaine fut entouré de ses premiers murs en 1379 et la forteresse était dotée de tous les aménagements de défense disponibles au Moyen-âge. Elle était protégée par des douves en façade et un marécage vers le sud, encore visible actuellement et appelé "trou Hainaut" ou "Grand Pâchis". Ses murs épais étaient flanqués de tours rondes. Ils étaient percés de meurtrières et garnis de créneaux et de mâchicoulis.

    Passé le pont-levis, on accédait à la cour après avoir franchi la seule porte garnie d'une herse. Le pont-levis a été remplacé par une arche en maçonnerie, mais les meurtrières et les mortaises qui recevaient les bras de l'ancien pont-levis sont toujours visibles, de chaque côté de la porte. Le porche est encore orné des armes du maître de forges Guillaume-Nicolas de Moreau et de son épouse.

1Bioul château tour Guimaud    Le donjon offrait refuge lors des sièges; de là partait un souterrain qui débouchait dans la campagne de Denée et permettait la fuite du seigneur. Quelques pans de murs et des fondations de l'ancien château-fort permettent d'affirmer que le castel primitif était antérieur au XIe siècle. Dans le parc du château subsiste encore une tour percée de meurtrières, vestige de l'ancien château féodal.

    Opulente sous les premiers de Jauche, la forteresse était dans un état de délabrement avancé lorsque Thierry de Brandebourg en prit possession contre une rente viagère de 99 florins d'or. C'est à cette époque qu'elle perdit son caractère défensif pour laisser place à un manoir confortable. Il fut reconstruit en 1523, à peu près tel que nous le connaissons aujourd'hui. La tour Grimaud date notamment de cette époque. Une dalle portant les armes de Thierry de Brandebourg fut apposée à mi-hauteur de la tour. Au bas de celle-ci on peut encore voir la pierre funéraire de Nicolas de Hoensbroeck, commandeur de l'ordre teutonique.

    C'est M. François Vaxelaire qui, en 1904, le restaura dans le style du XVIe siècle, avec les conseils éclairés de l'architecte Francken Willemaers.

Description extérieure.

Bioul parc    Bien que le château de Bioul ait été remodelé à différentes époques, il n'en conserve pas moins un dispositif ancestral qui juxtapose haute-cour et basse-cour. L'une s'ouvre sur le village par la grande porte charretière et est entourée par les bâtiments des communs et des dépendances; l'autre, la plus spacieuse, donne accès au splendide parc que renferme le domaine. Entre ces deux cours très étendues, une galerie Néo-Renaissance s'ouvre vers le château.

    Le domaine de 30 hectares est agrémenté de vastes étangs et renferme un parc à l'antique du XIXe siècle et un pavillon Louis XV de plan hexagonal.

    La cour, entourée des communs, a conservé un caractère rustique et se rapproche plutôt d'une cour de ferme seigneuriale agrémentée de deux tours carrées. De grandes portes ornées d'imposantes armatures de fer succèdent aux porches imposants des remises et des granges.

    L'élément apparent le plus ancien est la tour servant de donjon construite en pierres calcaires. Elle est constituée de trois niveaux et est percée de fenêtres à traverses ou croisées, dans les étages. La flèche qui coiffe la tour est ponctuée de petites lucanes.

    La clé du porche qui s'ouvre sur l'actuelle basse-cour en briques et pierres bleues porte le millésime 1792 et est surmontée des armes du maître de forges Guillaume-Nicolas de Moreau et de son épouse. L'habitation située à la gauche de ce porche a été remaniée en 1904 par l'architecte Francken Willemaers. Celle-ci a cependant gardé du XVIIIe siècle ses belles voûtes en brique avec ses nervures plates. L'intérieur a encore conservé les plus beaux éléments anciens, parmi lesquels, une rampe Louis XV et un escalier de style Empire.

    Deux tours circulaires flanquent le château qui a la forme d'un U écrasé. Le corps de logis comporte cinq travées. Les ailes latérales en développent trois. L'ensemble porte le millésime 1620.

                                                                                                                               

23:28 Écrit par Bob dans Châteaux | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : bioul, villages esm |  Facebook |

18/04/2007

La légende de Midone de Bioul

MaqMONT    Il y a quelque huit cent ans, le marquis de Namur était excédé par les rapines et des actes de brigandage des seigneurs, ses vassaux. Ceux-ci, à partir de leurs châteaux dominant la Meuse et ses affluents, dépouillaient les marchands et pèlerins qui passaient à proximité, pillaient les abbayes et faisaient des incursions dans les villages, où ils malmenaient les manants et maltraitaient les femmes. Il décida donc de mettre fin à toutes ces actions et donna en fief et hommage la seigneurie de Montaigle, à un homme en qui il avait toute confiance, le comte de Berlaymont, à charge de ce dernier de contenir les vassaux, d'assurer les droits de suzerain et d'établir la paix entre les barons. il s'attela sans tarder à sa tâche, mais sa fermeté et sa bravoure lui valurent des haines, si bien qu'un jour de chasse, on le retrouva assassiné au coin d'un bois.

    Son fils continua son oeuvre de pacification, puis ce fut au tour de son petit-fils de prendre la relève et ce dernier parvint enfin à imposer la paix dans la région. Seuls quelques seigneurs résistaient encore, ils auraient voulu continuer leur vie de châtelains querelleurs et maraudeurs, mais ils craignaient le courroux du comte de Montaigle. Ils le haïssaient et avaient à leur tête le sire de Bioul. Les  sires de Bioulx étaient devenus les ennemis héréditaires des comtes de Montaigle.

    Le seigneur actuel de Bioul, vieil homme valeureux, mais cruel et insociable savait que sa haine s'éteindrait avec lui, car il n'avait qu'une fille, alors que le comte de Montaigle avait un fils, du nom de Gilles, un redoutable chevalier.

    Un jour de chasse, ce dernier chevauchait en compagnie d'un ami, lorsqu'il aperçut à l'orée du bois une jeune fille mélancolique et rêveuse qui regardait passer la joyeuse compagnie. Gille s'informa auprès de son ami qui elle était et il apprit qu'il s'agissait de Midone, la fille du vieux seigneur de Bioul. Le lendemain, il voulut la chasser de son esprit, en vain.

    Depuis cette rencontre, il allait pensif, et un jour qu'il suivait le sentier qui longeait la rivière, il entendit soudain une voix mélodieuse qui chantait. Arrivé devant une petite clairière, il vit, agenouillée devant une petite madone rustique, Midone qui priait. Il lui déclara sa flamme et apprit qu'elle n'était pas indifférente à son charme.

    Dès lors, chaque jour, ils se rencontraient près de la petite chapelle et allaient par la forêt, loin des indiscrets qui auraient pu trahir leur secret. La venue de l'hiver allait mettre un terme à ces petits rendez-vous clandestins et il fallut bien annoncer leur amour aux parents.

    Gilles parla à son père dès le lendemain de leur dernière rencontre et celui-ci lui accorda son consentement avec empressement, voyant dans cette union la fin d'une vieille querelle qui n'avait que trop duré.

    Midone, pour sa part, n'osait s'acquitter de son message et hésita quelques jours encore jusqu'au soir où elle vit son père moins farouche. Elle fit part de son intention d'épouser Gille de Berlaymont et de leur espoir de voir leur projet approuvé. Le vieux sire de Bioul entra dans une colère noire et lui dit qu'il la préférait savoir morte que de la savoir épouser un Berlaymont.

    Quelque temps plus tard, voyant sa fille en pleurs, le sire de Bioulx lui demanda la raison de son chagrin et devant son obstination à vouloir épouser Gille et à braver son autorité, il la chassa du domaine. Midone n'eut d'autre ressource que d'aller se réfugier au château de Montaigle où, à son grand étonnement, elle fut reçue à bras ouverts. Gille lui proposa alors de l'épouser dès le lendemain dans la chapelle du château.

    Le lendemain, dom Ançon, le chapelain des Berlaymont alla voir le seigneur de Bioulx afin de lui annoncer les épousailles de sa fille unique et de lui proposer d'effacer toute haine entre les deux familles.

    Pour toute réponse, le seigneur de Bioul courroucé maudit sa fille et promit à l'abbé de venir bouter le feu au château de son ennemi. Les deux troupes se rencontrèrent dans la plaine, au pied du pic de Montaigle.

    Le vieux comte de Bioul, à la tête de ses troupes poussa son cri de guerre "A l'aide Bioul" et se lança à l'attaque. Gille, à son tour,  cria de sa voix puissante "Montaigle à la rescousse" et se lança également au-devant des assaillants.

    Eplorée, Midone, par une croisée du château, assistait à la bataille. Horrifiée, elle priait la vierge. Gille pendant ce temps, voyant ses troupes faiblir, s'élança contre Bioulx et le duel s'engagea. Midone qui les a vus, poussa un grand cri et se précipita pour séparer les deux hommes qui se partagent son coeur. Voyant son père fondre sur Gille, Midone se précipita au-devant du cheval de son père et le supplia d'arrêter. A sa vue, la fureur du comte redoubla et il la transperça de son arme, puis le vieux cruel poussa son cheval qui piétina le corps de sa fille. Transporté par la rage et la douleur, Gille abat, d'un coup d'épée le cheval de son beau-père, puis d'un autre coup, tranche la tête de son ennemi.

    Gilles resta inconsolable et le séjour de Montaigle lui devint insupportable. Il partit pour la Terre Sainte où il tomba sous les coups des infidèles. Ses vieux parents, accablés de solitude, abandonnèrent le castel de Montaigle et se retirèrent à l'abbaye proche de Waulsort où ils finirent leurs jours.

    L'ombre de Midone éplorée erre seule la nuit parmi les ruines du château, vêtue de sa robe blanche d'épousée, cherchant partout Gilles, l'homme cher à son coeur. Elle va ainsi toute la nuit jusqu'au moment où la lune s'éteint dans la blancheur de l'aube.    

    Une fois tous les dix ans, le jours de la Toussaint, au premier coup de minuit, un cri strident et prolongé s'élève des ruines de Montaigle: "Gilles!" qui vrille les ténèbres et fait passer dans le coeur des enfants réveillés un frisson de terreur.

                                                                                                                              

23:57 Écrit par Bob dans Légendes | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : bioul, falaen, villages esm, montaigle |  Facebook |