04/09/2007

Les Chinels de Fosses

Bébé Chinel    Le groupe des "Chinels de Fosses" est un groupe folklorique dont les membres sont habillés d'un costume aux couleurs chatoyantes, affublés de deux bosses, l'une devant, l'autre derrière, tels des polichinelles et armés d'un sabre de bois. Au début, les participants au carnaval de la laetare à Fosses étaient les "Doudous", habillés d'un costume de toile grossière bourrée de paille et de foin et chaussés de sabots. Ils dansaient le rigaudon au son des fifres et des tambours. En 1869, Louis Canivet, directeur de la Philarmonique fossoise, composa la musique de la nouvelle danse qui remplaça les pas primitifs des rigaudons des Doudous.

 

Fosses chinels rondeau    Ce n'est que depuis 1928 que les différents groupes spontanés de Chinels se sont associés en une "Société". Leur tunique constituée de pièces de velours mêlées à des morceaux de satin aux couleurs vives se termine par des dentelures auxquelles sont attachées des "chêlètes". Ils portent aux pieds des souliers fins ornés d'une rosette colorée. Leur pantalon est maintenu au niveau du genou et se termine également par des dentelures ornées de clochettes. Une fraise de couleur blanche galonné d'or leur enserre le cou, tandis qu'ils portent sur la tête un haut bicorne surmonté d'une aigrette.

Fosses Chinels groupe    Bien qu'il soit fait mention d'un carnaval à Fosses dans des écrits datant de la première moitié du XVIIIe siècle, il n'est pas possible de déterminer à quelle date le groupe de ces gais lurons firent leur apparition lors des réjouissances de la laetare. La légende des "Deux Bossus" semblerait leur donner naissance, bien celle-ci ne soit pas spécifique à la région.

fosses chinel rue gare    A cette occasion, les Chinels dansent, virevoltent, s'entrecroisent en des entrechats gracieux et marquent la cadence de leur sabre de bois courbé comme un cimeterre. Lors de leurs sorties, ils s'adonnent principalement à deux coutumes qu'ils ont appelé "le sabrage des filles" et "le coup de bosse".

    Pour le "sabrage des filles", le Chinel quitte le groupe et s'approche d'une dame qu'il veut honorer. Subitement, il se retourne et, de la pointe de son sabre, il lui caresse les mollets.

    Pour  la seconde coutume, il s'approche d'un spectateur qui porte aux bout des lèvres, soit une pipe, soit une cigarette et virevoltant devant celui-ci, de la pointe de sa bosse arrière, le Chinel propulse en l'air l'objet qu'il a arraché des lèvres de l'individu qui ne s'y attend pas.

Le parcours:

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03/09/2007

La marche St Feuillen à Fosses de 1802

    Lettre du commandant de la gendarmerie du Département de Sambre-et-Meuse à Pérès, préfet du Département, dont il est fait référence dans l'article précédent. 

 

    "Conformément à la lettre du préfet du 9 vendémiaire an XI, {1} Marotte a donné les ordres pour qu'un détachement de 13 gendarmes se trouve à Fosses, le 11 pour le maintien de l'ordre. Il a vu à Fosses un rassemblement de 3000 personnes qui par village ont formé des compagnies tant à pied qu'à cheval; cinq à six cents hommes, portant différents uniformes, étaient armés de fusils, sabres et pistolets: ils avaient en outre deux petites pièces de canon.

    La châsse de Saint-Feuillen a été promenée dans les plaines et autour des chapelles des environs. plusieurs stations y ont eu lieu, et à chacune, des feux de file et de bataillon se sont opérés, des manoeuvres de cavalerie se sont exécutées, en tirant des coups de pistolets. il y a eu environ dix mille coups de feu. du reste la kermesse s'est passée assez tranquilement.

                                                                                    Namur, 13 vendémiaire an XI. {2}


{1} 1er octobre 1802.

{2}  5 octobre 1802.

                                                                                                                                           FIN

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02/09/2007

La marche St Feuillen à Fosses

Fosses marcheurs    C'est en 1635, lors d'une épidémie de peste, que les Fossois promirent à leur saint patron, saint Feuillen de sortir ses reliques en grande procession le jour de la fête de saint Michel. Voilà pour ce qui concerne l'origine de la procession religieuse, qui n'est pas spécifique à l'Entre-Sambre-et-Meuse, mais que l'on peut rencontrer partout dans la chrétienté.

    La tradition des escortes en armes est cependant bien antérieure. En 1566, on trouve mention de la création d'une compagnie d'arquebusiers destinée à accompagner, avec fifres et tambourins, armes et équipages, la sortie du "glorieux corps de Monsieur saint Pholien".

Marcheurs ESM 2    En fait, il existait dans les villes et les villages des escortes armées, archers et arbalétriers, puis, plus tard, arquebusiers ou mousquetaires, qui rendaient les honneurs lors des grandes fêtes locales.

    Parallèlement, la jeunesse de la contrée se regroupait en associations chargées des réjouissances publiques et elle paradait en armes pour l'occasion.

    Au XVIIIe siècle, l'indiscipline et le manque de sécurité firent dégénérer les cérémonies, si bien que les autorités religieuses et civiles prirent des mesures tendant à limiter tout abus. Joseph II promulgua des édits interdisant les kermesses et les processions.

Marcheurs ESM    Après la signature du concordat en 1801, les processions firent leur retour et quelques années plus tard, on vit réapparaître dans celles organisées dans l'Entre-Sambre-et-Meuse les compagnies de "Marcheurs". Des marches sont organisées dans toute l'Entre-Sambre-et-Meuse: à Gerpinnes, pour Ste Rolande, à Walcourt pour Notre-Dame, à Thy-le-Château pour les saints Pierre et Paul, à Fosses pour St Feuillen...

sergent sapeur    Les dernières années du XVIIIe siècle avaient donc mis en veilleuse les traditions des marcheurs fossois, aussi c'est dans l'enthousiasme qu'ils préparèrent la première procession après le Concordat et qui devait avoir lieu le 03/10/1802.  Quelques jours avant la fête, ils apprirent avec consternation que l'autorité religieuse refusait de sortir la châsse de saint Feuillen et que le préfet Pérès envoyait un détachement de gendarmerie pour faire régner l'ordre durant la kermesse. Les Fossois osèrent cependant enfreindre l'ordonnance du préfet et la décision des autorités religieuses, comme en témoigne la lettre qui fera l’objet du prochain article.

    Pour ce qui concerne les uniformes portés, E. Fivet nous rapporte dans son ouvrage "La marche de Saint Feuillen à Fosses sous le Concordat":

sap2e empire    "Nous voyons les marcheurs de Fosses (de 1802) costumés en mousquetaires de Louis XIII, en gardes françaises ou suisses du XVIIIe siècle, voire en fantassins du Directoire ou en canaris de notre révolution brabançonne, sans omettre les grenadiers des temps révolus, ni le groupe des 'hommes sauvages' mentionnés dès 1737".

    Après le Concordat, on réorganisa donc les processions ancestrales et on vit réapparaître un peu partout dans le département de Sambre et Meuse des compagnies de "Marcheurs".

    J. Roland évoque les marches de l'Entre-Sambre-et-Meuse, et en particulier celle de Fosses-la-Ville, de la manière suivante:

Sortie collégiale de Fosses    La vogue des souvenirs de l'époque napoléonienne - à l'exclusion de tout rappel précis des compagnies de l'ancien régime - vogue que la tradition a maintenue intacte jusqu'à nos jours, témoigne à sa manière de ce que la renaissance des marches se situe aux environs de 1815. Voyez à Fosses notamment, les costumes des sapeurs, du tambour-major, des grenadiers de la garde: leurs colbacks sont rehaussés de l'aigle impériale, tandis que leur drapeau, aux couleurs françaises, porte, brodés en lettres d'or, les noms glorieux d'Austerlitz, de Wagram, d'Iéna et d'Eylau. Voyez avec quelle fierté certains marcheurs fossois portent sur la poitrine la médaille de Ste Hélène que leur ancêtre a méritée. Ecoutez surtout les airs de fifre, les roulements de tambours, regardez la démarche de ces hommes défilant au pas de parade, et vous serez convaincu que l'âme inapaisée des grognards de Waterloo revient hanter nos vallées chaque année au solstice d'été".

Tirailleurs algériens    Au fil des siècles, la "Marche" de Fosses s'est donc adaptée au contexte de l'époque et le passage des troupes napoléoniennes en déroute après la défaite de Waterloo, amena l'apparition d'uniformes de grognards. Plus tard, s'y sont ajoutées des compagnies de Mamelouks, de Congolais, de Zouaves et autres tirailleurs algériens.

    En 1991, la marche septennale comptait pas moins de 2250  participants regroupant des compagnies des environs. Les compagnies fossoises ouvraient la marche, suivies du Saint-Sacrement et des reliques de saint Feuillen portées par des fermiers, accompagnés de prêtres et de pèlerins. Venaient ensuite les compagnies des autres villages de l'entité: Aisemont, Bambois, Haut-Vent, Nèvremont, Le Roux, Sart-Eustache, Sart-Saint-Laurent et Vitrival. Les villages les plus éloignés fermant la marche, Malonne eut l'honneur de clôturer la procession.

tambour & fifre    Le départ de la marche a lieu le matin du grand jour, dès la sortie de la messe de 7h30. Le programme est établi comme suit: grand tour le matin, avec deux bataillons carrés au "Pautche" et à la "ferme du Chêne"; l'après-midi, circuit dans les campagnes, par ces chemins poussiéreux qu'il faut gravir sous la chaleur des bonnets à poils. A la "ferme de la Folie", c'est le moment le plus impressionnant, celui de la descente en charge. Les marcheurs y dévalent, de front, une prairie pentue. Le cortège rentre enfin en ville pour le feu de file devant la porte de la collégiale.

                                                                                                                                         (à suivre...)

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