19/09/2007

St Feuillen et Fosses-la-Ville

    A l'époque mérovingienne, les missionnaires irlandais jouèrent un rôle capital dans l'histoire religieuse de notre pays. Venus nombreux d'Irlande, dénommée à cette époque "l'île des saints", ces moines ont contribué à la conversion des derniers païens au VIIe siècle.   

chasuble St Feuillen    Saint Feuillen était le chef d'une communauté de moines irlandais. Au milieu du VIIe siècle, ceux-ci, persécutés par le roi Penda de Mercie, n'eurent d'autre choix que de quitter la verte Irlande pour se rendre sur le continent. Ils avaient été chassés de leur monastère de Cnobheresburgh, en Est-Anglie.

    Au terme de son voyage, saint Feuillen trouva refuge auprès de la première abbesse de Nivelles, sainte Gertrude, qui s'assura de ses services comme conseiller spirituel. Elle lui permit également de fonder une nouvelle communauté pour ses compagnons de route dans le domaine de Fosses. C'est ainsi que "Bebrona", Fosses de son nom celtique, devint leur centre de rayonnement et leur centre d'activité.

    Un jour qu'il avait quitté sa communauté de Fosses pour se rendre à Nivelles avec trois compagnons de route, il dut demander son chemin à un individu mal intentionné qui les aiguilla dans une mauvaise direction. La nuit étant venue, les quatre moines furent contraints d'accepter l'hospitalité suspecte d'un habitant du hameau où ils se trouvaient. Leur méfiance était justifiée car, au petit matin, les quatre voyageurs furent égorgés par leurs hôtes. Ceux-ci enterrèrent les cadavres dans une porcherie après les avoir dépouillés de leurs vêtements. Ils s'en allèrent ensuite au loin vendre chevaux et bagages.

    Les sources historiques les plus sérieuses s'accordent pour situer la mort de saint Feuillen en date du 31 octobre 655, victime d'une agression dans la forêt charbonnière du Roeulx

    Ne voyant pas les moines arriver, sainte Brigide entreprit des recherches avec des moines de la communauté de Fosses. les cadavres ne furent retrouvés que septante-sept jours plus tard.

plan cadstral de 1812    Les écritures rapportent que les dépouilles furent ramenées solennellement à Nivelles, portés toute la nuit à la lueur des cierges et des flambeaux en présence de nombreux laïcs et de clercs. Le cortège funèbre était attendu dans la périphérie de Nivelles par  l'évêque de Poitiers, Dion et par Grimoald, maire du palais, deux personnages importants qui résidaient dans la région au moment des faits.

    Dès que les reliques pour Nivelles furent prélevées, la dépouille mortelle de saint-Feuillen fut reconduite en procession au monastère qu'il avait fondé à Fosses, selon le souhait qu'il aurait formulé avant son départ pour Nivelles.

    Huit grands tableaux datant de 1765, fixés aux murs du choeur de la collégiale de Fosses relatent la vie de saint Feuillen.

·         La mère de St Feuillen, condamnée au bûcher à cause de sa conversion au christianisme et de son mariage secret avec un prince irlandais, est sauvée par une fontaine jaillie du sol ;

·         Feuillen, Fursy et Ultain sont baptisés par leur oncle, l’évêque saint Brendan, abbé du monastère irlandais de Clainfurt ;

·         Feuillen est sacré évêque par le pape Martin V à Rome (selon un épisode l égendaire de la vie de St Feuillen) ;

·         Feuillen, passé en Gaule, est accueilli par Ste Gertrude de Nivelles, fille de Pepin de Landen, maire du palais, qui lui donne la terre de Fosses ;

·         Feuillen construit le monastère et l’église de Fosses (par anachronisme, l’artiste a représenté l’église telle qu’elle se présentait en 1765) :

·         Feuillen et ses trois compagnons sont massacrés au Roeulx, en revenant de Nivelles en 655 ;

·         Ste Gertrude, guidée par une colonne de fumée, retrouve le corps de St Feuillen ;

·         les restes de St Feuillen sont ramenés, selon son désir, à Fosses : le chariot traverse le gué de la Sambre à Franière.

    Des panneaux sculptés ornant les stalles datant de 1524 représentent également des scènes de la vie du saint fondateur de l'abbaye de Fosses.

    Vous retrouverez la légende de St Feuillen dans la catégorie « Légendes » de ce blog.

                                                                                                                                         Bonne journée...

04/09/2007

Les Chinels de Fosses

Bébé Chinel    Le groupe des "Chinels de Fosses" est un groupe folklorique dont les membres sont habillés d'un costume aux couleurs chatoyantes, affublés de deux bosses, l'une devant, l'autre derrière, tels des polichinelles et armés d'un sabre de bois. Au début, les participants au carnaval de la laetare à Fosses étaient les "Doudous", habillés d'un costume de toile grossière bourrée de paille et de foin et chaussés de sabots. Ils dansaient le rigaudon au son des fifres et des tambours. En 1869, Louis Canivet, directeur de la Philarmonique fossoise, composa la musique de la nouvelle danse qui remplaça les pas primitifs des rigaudons des Doudous.

 

Fosses chinels rondeau    Ce n'est que depuis 1928 que les différents groupes spontanés de Chinels se sont associés en une "Société". Leur tunique constituée de pièces de velours mêlées à des morceaux de satin aux couleurs vives se termine par des dentelures auxquelles sont attachées des "chêlètes". Ils portent aux pieds des souliers fins ornés d'une rosette colorée. Leur pantalon est maintenu au niveau du genou et se termine également par des dentelures ornées de clochettes. Une fraise de couleur blanche galonné d'or leur enserre le cou, tandis qu'ils portent sur la tête un haut bicorne surmonté d'une aigrette.

Fosses Chinels groupe    Bien qu'il soit fait mention d'un carnaval à Fosses dans des écrits datant de la première moitié du XVIIIe siècle, il n'est pas possible de déterminer à quelle date le groupe de ces gais lurons firent leur apparition lors des réjouissances de la laetare. La légende des "Deux Bossus" semblerait leur donner naissance, bien celle-ci ne soit pas spécifique à la région.

fosses chinel rue gare    A cette occasion, les Chinels dansent, virevoltent, s'entrecroisent en des entrechats gracieux et marquent la cadence de leur sabre de bois courbé comme un cimeterre. Lors de leurs sorties, ils s'adonnent principalement à deux coutumes qu'ils ont appelé "le sabrage des filles" et "le coup de bosse".

    Pour le "sabrage des filles", le Chinel quitte le groupe et s'approche d'une dame qu'il veut honorer. Subitement, il se retourne et, de la pointe de son sabre, il lui caresse les mollets.

    Pour  la seconde coutume, il s'approche d'un spectateur qui porte aux bout des lèvres, soit une pipe, soit une cigarette et virevoltant devant celui-ci, de la pointe de sa bosse arrière, le Chinel propulse en l'air l'objet qu'il a arraché des lèvres de l'individu qui ne s'y attend pas.

Le parcours:

anima_parcour

 

                                                                                                                      A ne pas manquer....

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03/09/2007

La marche St Feuillen à Fosses de 1802

    Lettre du commandant de la gendarmerie du Département de Sambre-et-Meuse à Pérès, préfet du Département, dont il est fait référence dans l'article précédent. 

 

    "Conformément à la lettre du préfet du 9 vendémiaire an XI, {1} Marotte a donné les ordres pour qu'un détachement de 13 gendarmes se trouve à Fosses, le 11 pour le maintien de l'ordre. Il a vu à Fosses un rassemblement de 3000 personnes qui par village ont formé des compagnies tant à pied qu'à cheval; cinq à six cents hommes, portant différents uniformes, étaient armés de fusils, sabres et pistolets: ils avaient en outre deux petites pièces de canon.

    La châsse de Saint-Feuillen a été promenée dans les plaines et autour des chapelles des environs. plusieurs stations y ont eu lieu, et à chacune, des feux de file et de bataillon se sont opérés, des manoeuvres de cavalerie se sont exécutées, en tirant des coups de pistolets. il y a eu environ dix mille coups de feu. du reste la kermesse s'est passée assez tranquilement.

                                                                                    Namur, 13 vendémiaire an XI. {2}


{1} 1er octobre 1802.

{2}  5 octobre 1802.

                                                                                                                                           FIN

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02/09/2007

La marche St Feuillen à Fosses

Fosses marcheurs    C'est en 1635, lors d'une épidémie de peste, que les Fossois promirent à leur saint patron, saint Feuillen de sortir ses reliques en grande procession le jour de la fête de saint Michel. Voilà pour ce qui concerne l'origine de la procession religieuse, qui n'est pas spécifique à l'Entre-Sambre-et-Meuse, mais que l'on peut rencontrer partout dans la chrétienté.

    La tradition des escortes en armes est cependant bien antérieure. En 1566, on trouve mention de la création d'une compagnie d'arquebusiers destinée à accompagner, avec fifres et tambourins, armes et équipages, la sortie du "glorieux corps de Monsieur saint Pholien".

Marcheurs ESM 2    En fait, il existait dans les villes et les villages des escortes armées, archers et arbalétriers, puis, plus tard, arquebusiers ou mousquetaires, qui rendaient les honneurs lors des grandes fêtes locales.

    Parallèlement, la jeunesse de la contrée se regroupait en associations chargées des réjouissances publiques et elle paradait en armes pour l'occasion.

    Au XVIIIe siècle, l'indiscipline et le manque de sécurité firent dégénérer les cérémonies, si bien que les autorités religieuses et civiles prirent des mesures tendant à limiter tout abus. Joseph II promulgua des édits interdisant les kermesses et les processions.

Marcheurs ESM    Après la signature du concordat en 1801, les processions firent leur retour et quelques années plus tard, on vit réapparaître dans celles organisées dans l'Entre-Sambre-et-Meuse les compagnies de "Marcheurs". Des marches sont organisées dans toute l'Entre-Sambre-et-Meuse: à Gerpinnes, pour Ste Rolande, à Walcourt pour Notre-Dame, à Thy-le-Château pour les saints Pierre et Paul, à Fosses pour St Feuillen...

sergent sapeur    Les dernières années du XVIIIe siècle avaient donc mis en veilleuse les traditions des marcheurs fossois, aussi c'est dans l'enthousiasme qu'ils préparèrent la première procession après le Concordat et qui devait avoir lieu le 03/10/1802.  Quelques jours avant la fête, ils apprirent avec consternation que l'autorité religieuse refusait de sortir la châsse de saint Feuillen et que le préfet Pérès envoyait un détachement de gendarmerie pour faire régner l'ordre durant la kermesse. Les Fossois osèrent cependant enfreindre l'ordonnance du préfet et la décision des autorités religieuses, comme en témoigne la lettre qui fera l’objet du prochain article.

    Pour ce qui concerne les uniformes portés, E. Fivet nous rapporte dans son ouvrage "La marche de Saint Feuillen à Fosses sous le Concordat":

sap2e empire    "Nous voyons les marcheurs de Fosses (de 1802) costumés en mousquetaires de Louis XIII, en gardes françaises ou suisses du XVIIIe siècle, voire en fantassins du Directoire ou en canaris de notre révolution brabançonne, sans omettre les grenadiers des temps révolus, ni le groupe des 'hommes sauvages' mentionnés dès 1737".

    Après le Concordat, on réorganisa donc les processions ancestrales et on vit réapparaître un peu partout dans le département de Sambre et Meuse des compagnies de "Marcheurs".

    J. Roland évoque les marches de l'Entre-Sambre-et-Meuse, et en particulier celle de Fosses-la-Ville, de la manière suivante:

Sortie collégiale de Fosses    La vogue des souvenirs de l'époque napoléonienne - à l'exclusion de tout rappel précis des compagnies de l'ancien régime - vogue que la tradition a maintenue intacte jusqu'à nos jours, témoigne à sa manière de ce que la renaissance des marches se situe aux environs de 1815. Voyez à Fosses notamment, les costumes des sapeurs, du tambour-major, des grenadiers de la garde: leurs colbacks sont rehaussés de l'aigle impériale, tandis que leur drapeau, aux couleurs françaises, porte, brodés en lettres d'or, les noms glorieux d'Austerlitz, de Wagram, d'Iéna et d'Eylau. Voyez avec quelle fierté certains marcheurs fossois portent sur la poitrine la médaille de Ste Hélène que leur ancêtre a méritée. Ecoutez surtout les airs de fifre, les roulements de tambours, regardez la démarche de ces hommes défilant au pas de parade, et vous serez convaincu que l'âme inapaisée des grognards de Waterloo revient hanter nos vallées chaque année au solstice d'été".

Tirailleurs algériens    Au fil des siècles, la "Marche" de Fosses s'est donc adaptée au contexte de l'époque et le passage des troupes napoléoniennes en déroute après la défaite de Waterloo, amena l'apparition d'uniformes de grognards. Plus tard, s'y sont ajoutées des compagnies de Mamelouks, de Congolais, de Zouaves et autres tirailleurs algériens.

    En 1991, la marche septennale comptait pas moins de 2250  participants regroupant des compagnies des environs. Les compagnies fossoises ouvraient la marche, suivies du Saint-Sacrement et des reliques de saint Feuillen portées par des fermiers, accompagnés de prêtres et de pèlerins. Venaient ensuite les compagnies des autres villages de l'entité: Aisemont, Bambois, Haut-Vent, Nèvremont, Le Roux, Sart-Eustache, Sart-Saint-Laurent et Vitrival. Les villages les plus éloignés fermant la marche, Malonne eut l'honneur de clôturer la procession.

tambour & fifre    Le départ de la marche a lieu le matin du grand jour, dès la sortie de la messe de 7h30. Le programme est établi comme suit: grand tour le matin, avec deux bataillons carrés au "Pautche" et à la "ferme du Chêne"; l'après-midi, circuit dans les campagnes, par ces chemins poussiéreux qu'il faut gravir sous la chaleur des bonnets à poils. A la "ferme de la Folie", c'est le moment le plus impressionnant, celui de la descente en charge. Les marcheurs y dévalent, de front, une prairie pentue. Le cortège rentre enfin en ville pour le feu de file devant la porte de la collégiale.

                                                                                                                                         (à suivre...)

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01/09/2007

Le Musée du Petit Chapitre

Fosses musée du petit chapitre    la galerie-musée de Madame Lilette Arnould est installée dans une dépendance de l'ancienne résidense d'été des princes-évêques de Liège. L'édifice actuel date du XVIIe siècle. c'est en 1637 en effet que Noël de Régimont, doyen du Chapitre de Fosses-le-Ville fit reconstruire la demeure.

 

Fosses musée petit chapitre 7    La collection de poupées compte plus de 600 pièces, fraîches, colorées et vivantes. Chaque poupée est une véritable oeuvre d'art, tant le degré de finition et le soucis du détail sont poussés.

 

 

Fosses musée petit chapitre 4    Madame Arnould puisa son inspiration, tout d'abord, dans le folklore local. Ses premières oeuvres représentèrent le groupe des Chinels. puis vint le tour des marcheurs de la marche Saint-Feuillen et ce furent les officiers, les tambours-majors, soldats, sapeurs, grenadiers, voltigeurs et cantinières qui paradèrent dans les vitrines. plus tard, elle s'attacha à immortaliser d'autres groupes folkloriques et ce furent les Echasseurs namurois, les Molons et les Canaris, puis ce furent Gilles de Binche, Copères de Dinant, Chasseurs de Saint-Hubert, Botteresses de Liège, ... qui complétèrent les étagères.

 

Fosses musée petit chapitre 11    Après la Wallonnie vint le tour de la Flandre avec Tyl Uylenspiegel, les Dentelières de Bruges, les Pêcheurs d'Oostduinkerke et bien d'autres encore, pour finir par évoquer le folklore d'outre frontières avec les Bretonnes de Pont-Aven, les Hollandaises, Suissesses, etc., en passant les personnages et héros légendaires du monde entier.

    La reconnaissance vint également lorsque le Musée du Cinquantenaire acquit les personnages de trois groupes folkloriques: le Rondeau des Chinels, la Procession septennale et le Rondeau des Gilles de Binche.

Données pratiques:

    Le Musée du Petit Chapitre est ouvert tous les samedis et dimanches de 14h00 à 18h00 et tous les jours durant les mois de juillet et d'août ainsi que durant les vacances de Pâques et de Noël.

    Les portes sont également ouvertes certains jours fériés, sauf les jours de Noël et du Nouvel An.

    Les groupes d'au moins 20 personnes peuvent être reçus tous les jours sur rendez-vous, de 9h00 à 12h00 et de 14h00 à 18h00.

Adresse:

ASBL Galerie-Musée du Petit Chapitre à 5070 Fosses-la-Ville.

Tél.: 071/71.12.02

                                                                                                                                            (bonne visite...)

31/08/2007

La collégiale de Fosses

Fosse collégiale    La collégiale a été construite sur un emplacement où existait auparavant une villa gallo-romaine. C'est cette construction primitive que sainte Gertrude donna au moine irlandais saint Feuillen pour y fonder une abbaye. Bientôt s'élevèrent dans la vallée une église entourée de quelques maisons confectionnées en bois et torchis destinées à abriter les moines qui l'avaient suivi à "brebona". A l'époque carolingienne, celle-ci fut remplacée par un édifice de pierre, bâti suivant un plan basilical et dédié à saint Pierre. Un oratoire contenant les restes du martyr saint Feuillen était situé du côté est de l'édifice.

Fosse intérieur collégiale    La terre de Fosses devint dépendance de l'évêché de Liège au Xe siècle dans les circonstances que nous avons vu dans la partie historique. C'est sous le prince-évêque Notger, vers 974, que la collégiale fut agrandie pour atteindre ses dimensions actuelles. Il fit également accoler une tour romane de quatre niveaux et le rempart. A son niveau supérieur, cette tour en moellons de calcaire est percée de larges ouïes géminées et cintrées. Elle est surmontée d'une flèche baroque qui fut couverte d'ardoises en 1708. Le bas de la tour servit de chapelle paroissiale de 1318 à 1723.

    L'élévation des reliques de Saint Feuillen vers 1086 entraîna la construction d'une crypte située autour du choeur surélevé. Un escalier permettait d'approcher des reliques. Cet escalier donne aujourd'hui accès à la sacristie.

Fosse collégiale jubé 1907    Les pillages, incendies successifs et les bombardements occasionnèrent pas mal de transformations, puis entre 1721 et 1723, sous l'instigation du chanoine de Liège, Matthias Clerckx, également prévôt de Fosses, seigneur d'Aigremont et des Awirs, la collégiale subit une restauration en profondeur: les trois nefs et les chapelles qui les bordent furent quasiment reconstruites intégralement.

    L'église est actuellement accessible par un porche accolé au bas-côté sud de l'édifice. Celui-ci renferme un maître hôtel baroque, une clôture du choeur en marbre avec une grille qui date du XVIIIe siècle, de même que le buffet d'orgue et la balustrade du jubé. De nombreuses peintures des XVIIe et XVIIIe siècles, dont celles évoquant la vie de saint Feuillen, ornent les murs à côté de statues de bois et de pierres tombales des XVIe et XVIIe siècles.

    Un système d'horlogerie suisse avec tambour et roues dentées ainsi que relais aux quatre cadrans, surmonte la tour carrée. Cet équipement fut offert en 1930 par Madame Delmotte-Lemaître en même temps que le monument à la mémoire du roi Albert Ier et que le kiosque qui orne le centre de la place du marché.

                                                                                                                                         (à suivre...)

30/08/2007

La ville de Fosses, son histoire

Fosse remacle leloup    Le site de la ville de Fosses fut occupé dès la préhistoire, comme en témoigne la consonance celtique de certains noms de lieu. Tel que le nom de la rivière qui l'arrose, La Biesme qui vient de Bebrona, "la rivière des castors" ou celui d'un quartier, En Leiche, qui signifie "banc de pierre". A l'époque Gallo-romaine quelques villas s'implantèrent sur le site ainsi que dans les villages environnants, à Aisemont et à Le Roux. Un cimetière gallo-romain fut mis au jour au lieu-dit "Taravisée" et une partie des bâtiments, datés du IIe siècle furent retrouvés lors de campagnes de fouilles entreprises dans la localité.

    Ce n'est qu'au haut moyen-âge que le petit village prit de l'extension, lorsque Saint-Feuillen, moine et missionnaire irlandais, vint y ériger une église et quelques habitations pour loger les moines. A cette époque encore, la localité portait toujours son appellation celtique: "...atque in villa, quae ex nomine fluminis decurrentis nuncupatur Brebona...", appellation qu'elle gardera encore durant près de deux siècles.

    Il est fort probable que ce soient les moines irlandais qui érigèrent la chapelle dédiée à Sainte Brigide, abbesse de Kildare, en Irlande, dénommée en wallon Sainte Bie, le pendant féminin de Saint Patrick. Une pierre gravée d'une croix incluse dans un cercle, à la manière celtique, peut toujours être vue au chevet de la chapelle.

    Au Xe siècle, la localité de Fosses était incluse dans la Lotharingie et se trouvait, de ce fait, sous l'autorité des rois de Germanie. Louis l'Enfant offrit le monastère à sa cousine Gisèle (Kisala) qui, dans la foulée le céda en rente viagère à l'évêché de Liège. C'est de cette façon que la terre de Fosses devint liégeoise.

Fosses blason    La "Bonne ville" de Fosses acquit peu à peu de la renommée. Le monastère passa aux mains d'un chapitre de chanoines. Le prince évêque de Liège, Notger fit agrandir la collégiale au Xe siècle. L'édifice religieux et les bâtiments claustraux furent enfermés dans une enceinte. Puis, vers 1149, l'ensemble formé par l'abbaye et la "ville des bourgeois" qui s'était constituée de bourgeois et de paysans venus s'établir au pied de l'enceinte de l'abbaye, fut à son tour ceint de remparts.

NOTGER    Les rapports étaient parfois houleux entre les chanoines et le prince évêque, d'une part, et les bourgeois de la ville, d'autre part. En 1302, suite à une énième mésentente entre la ville et le chapitre, les bourgeois décidèrent d'obstruer la porte de l'enceinte de l'abbaye donnant accès à la ville. Il s'ensuivit une réaction musclée de la part de Liège qui se concrétisa par la suppression, pour la "Bonne ville", de leurs privilèges: entre autres, franchise, échevinage, jurés, ban-cloke, cimetière, sceau, fossés, étangs, maladrerie et le bois banal de Bambois.

    Par la suite, la ville de Fosses, comme toute la région, subit toutes les guerres de succession et les guerres de religion. C'est ainsi que  le Comte de Hainaut saccagea la cité en 1408. Quelques années plus tard, Philippe le Bon vint mettre le siège devant Fosses, ville Liégeoise, en 1430, qui se solda par un pillage en règle et l'incendie de la ville, à l'exception de l'église.

    1554 vit arriver les soldats français en guerre avec Charles-Quint qui incendièrent Fosses les 5 et 19 juillet. La décade suivante, ce furent les Huguenots qui s'abattirent sur le monastère de Fosses. Le 15 octobre 1568, le baron de Genlis s'y livra à des "pillerges, bouttements de feu, violations d'églises, cloistres et maisons".

    Au XVIIe siècle, la ville connut encore pas mal d'occupations au cours des guerres de Louis XIV sur notre territoire, avec ses réquisitions ruineuses pour les populations et les pillages réguliers des troupes disparates de passage. On peut notamment épingler l'année 1636 avec le sac de la ville par les troupes espagnoles du marquis de Gonzagua, après avoir pratiqué une brèche dans les murailles de la ville; 1653 avec le pillage de la ville et l'incendie de l'hôpital par les troupes de Condé, après avoir forcé une brèche à la porte "Al Froissin"; 1678 avec le séjour des troupes françaises durant la période hivernale. La ville ne retrouva sa quiétude qu'après le "Règlement de 1684" qui concernait la principauté de Liège, puis le traité d'Utrecht en 1713.

    Suite à la révolution française et l'invasion de notre pays, une municipalité fut instaurée à Fosses le 10 janvier 1793. En 1794, après la victoire de Fleurus, la principauté de Liège fut dissoute et la ville de Fosses fit dorénavant partie de l'arrondissement de Namur et devint le chef-lieu du 6e canton du département de Sambre et Meuse.

                                                                                                                                          (à suivre...)