23/04/2007

"Vers l'inconnu à sept kilomètres à l'heure."

Lens mine 1910    "Mercredi 14 mars - 9 heures du soir environ ... La nuit dernière, nous étions encore à Lens, en France, attentant sur les trottoirs défoncés de la rue de la Paix (ô ironie) les chariots allemands à bords obliques qui devaient nous emmener à la gare la plus proche: Billy-Montigny, à la suite des quatre mille personnes transportées les quatre jours précédents. Ce matin donc, nous étions deux mille, paraît-il, partagés en deux groupes. Les autres avaient dû se rendre du côté de la rue Edouard-Froissart au large dégagement, près de la Kommendantur, installée dans les caves de la brasserie Bruneau.

    Gens de la rue Pasteur, nous avons été désignés les derniers pour évacuer, remplaçant des indispensables qui ont été repliés dans le coeur de la ville - employés de la mairie, boulangers, conducteurs de voitures d'enterrement - et c'est tout juste si la veille nous avons eu le temps de porter à la remise de la maison Renard de la rue Carnot le colis de quinze kilos autorisé par les Allemands.

    Queue, cohue à l'arrivée des véhicules qu'on n'espérait plus, après trois heures de stationnement! Quel entassement dans ces chariots d'êtres broyés par trente mois d'une vie de cauchemar. La fin de tout. Aucune organisation, aucune discipline. La lutte des moins faibles pour escalader par les roues et y loger leurs paquets. Des pieds écrasés. Des gens qui se perdent de vue. Pourtant la femme qui avait un enfant de trois semaines a pu s'asseoir sur la banquette de bois, auprès de l'Allemand, un homme roux qui répétait en regardant son chargement: "malheur la guerre" et ajoutait, lui, avec une pointe d'envie: "demain, vous Belgium", ce qui représente à ses yeux ... l'arrière!

    En grinçant, le convoi est parti dans le noir, alors que quelques obus sifflaient pour éclater vers le Grand-Condé. Ces schrapnells anglais tirés ordinairement par quatre visant les convois nocturnes de ravitaillement, de morts et de munitions que l'ennemi effectue au plus vite pour traverser Lens, nous ne les entendons plus, maintenant que nous sommes en Belgique.

Lens Grd place & reste église    ... Le convoi est parti, nous avons pour la dernière fois traversé la Grand-Place, devinant derrière les pare-éclats des soupiraux de cave, les signes d'adieu de ceux qui se terrent dans ce qui reste de leurs maisons. Levant les yeux, nous avons recueilli le dernier souvenir de l'église aux plaies béantes, vide depuis longtemps, et notre coeur s'est serré en passant devant le cimetière agrandi, où avant-hier, je pense, on a enterré cette femme de trente ans qui a été tuée vendredi, à l'Alcazar, alors qu'elle allait chercher son pain et celui de ses enfants (où sont-ils?) avant l'exil.

+++++++++++++++++++

    ... En Belgique nous sommes entrés, cet après-midi, sans discerner de frontière et nous avons eu un point de repère lorsque le train hétéroclite de wagons à marchandises truffé d'un seul wagon-tramway où nous étions enfermés ayant été arrêté sur un évitement, nous avons pu nous détendre quelques instants. Là deux employés accourus d'une mine, d'une fosse qui ne ressemble pas aux nôtres (aux nôtres qui sont "esquintées" hélas!) avec des molettes qui tournent encore, et que l'on a montrées aux enfants, nous ont dit que c'était Jemappes, tout près. Et tout ce qu'ils avaient sur eux de tabac, ils l'on spontanément donné à des vieux de la rue de Loison, avec qui nous avons fait connaissance ce matin, dans les champs boueux de Billy où nous avons été gardés, en attendant, debout, trois longues heures encore.

    ... et le train est reparti, passant trop vite devant des noms écrits trop petits ou assez lentement devant des noms inconnus. Pourtant nous avons, bien après Mons lu La Louvière, Manage, et tout à l'heure, nous avons passé à Charleroi sans pouvoir bouger. Après un tête-à-queue, nous avons encore pu deviner quelque chose comme Jamioulx. Depuis ce matin, chacun donnait son opinion sur notre destination et les mieux informés - probablement par les Allemands - parlaient de "Vireumolin", dans le Luxembourg. Ce n'était pas ça pourtant!

+++++++++++++++++++

Berzée int gare    Il y a une demi-heure, le train s'est arrêté une fois encore et à voir les employés nombreux, au parler nouveau, aller et venir avec des lanternes tout le long du quai, nous avons compris que nous étions probablement arrivés. Ce n'était qu'à moitié vrai. Impossible de comprendre ce qui se dit. Ce n'est ni du français, ni du flamand. Des vieux prétendent que c'est du wallon. Néanmoins je me suis adressé à un garçon de mon âge, fort empressé et il m'a répondu aussitôt: "vous êtes à Berzeille, province de Nômur". Il en est donc avec qui on pourra se faire comprendre!

    Mais alors que déjà on déménageait les paquets dans une demi-obscurité et que nous nous préparions à descendre comme l'ont fait les occupants du wagon voisin, on est venu nous dire d'attendre encore.

    En face de nous, rapidement, des officiels ont estimé le nombre des "moutons" déjà contenus sur le quai de la petite gare "trois cent septante cinq, nonante, assez!". Le sort était jeté!

    Un accrocheur a raccroché la chaîne enlevée déjà par erreur au bout de notre wagon - il en a décroché une autre à l'autre bout et ... en route! Nous ne sommes pas destinés à Berzeille.

Thy le château ancienne gare    Le gros garçon a parlé aux beaux messieurs; puis il a sauté sur la plate-forme arrière de cette carcasse de wagon-tramway et depuis cinq minutes, le convoi allégé roule à plat dans une petite vallée. Il paraît que nous allons arriver, où l'on nous attend, avec impatience et curiosité, à Thy-le-Château, depuis cinq semaines.

    Le soir de notre arrivée, de gauche à droite et de bas en haut, toutes les fenêtres du bâtiment communal étaient illuminées. C'était une féérie pour nous qui venons d'un pays où la moindre lueur visible risque d'être soulignée d'un coup de fusil parti du clocher et où les gens les mieux partagés, n'ont dans leur cave - au caprice du courant électrique - qu'une petite ampoule soigneusement voilée.

Thy maison communale    Et tels des papillons attirés par la flamme, tous les expulsés se sont élancés vers ce local, à la vitesse de leurs membres engourdis, gênés par leur couverture en sautoir plutôt mal ficelée, traînant fiévreusement les charges amenées, sacs ou cabas, valises ou filets, voire "carnassières" d'écolier où des souvenirs chers se mêlaient aux loques et aux vêtements, quand ils n'écrasaient pas le modeste reliquat des provisions prudemment emportées.

    Après qu'en cinq minutes le rez-de-chaussée fut bondé, c'est vers l'escalier trop étroit que la cohue s'est déplacée. Quels cris! Quelle bousculade encore parmi nous, de gens connus ou inconnus!

    Pourtant, des personnes qu'à leur mise et à la liberté de leurs mouvements on devinait autorités du pays - deux messieurs - purent descendre l'escalier jusqu'au tournant.

    L'un d'eux, colosse barbu, placide policeman improvisé (le bourgmestre) dominait du geste pour permettre au plus petit, plus âgé (un docteur), dont l'oeil vif brillait sous le lorgnon d'or, de prononcer quelques paroles d'un ton paternel.

    "Mesdames, Messieurs, vous êtes attendus. Ne vous faites pas mal. Il y a encore bien de la place à l'école des filles. C'est là que vous trouverez un abri. Vous allez être conduits".

    Nous l'avons su depuis: ces deux hommes étaient les instituteurs: M. Devaux et M. Colard, son supérieur et son ami.

    "Mesdames, Messieurs!" Ces simples mots nous ont rendu un peu de notre dignité évanouie et c'est dans une colonne à peu près convenablement reformée que, par le chemin montant, assez étroit, nous sommes arrivés à cette école des filles.

     La bâtisse était moins jeune, mais un bon feu nous attendait dans chacune des deux salles, où bientôt les gens se pressèrent pour sécher leurs habits moites. Laissant deviner l'estrade, une épaisse couche de paille était étendue dans l'espace laissé libre par l'entassement des bancs, et au mur, un crucifix étendait largement les bras sur notre misère."

                                                                                                                                  (à suivre...)

Petite mise au point...

books mail

    Nous avons pu parcourir hier le compte-rendu de l’abbé Beaujean, curé à Thy-le-Château au moment de la Première Guerre Mondiale, qui avait consigné dans les archives de la paroisse les faits marquants qui se sont déroulés lors de l’exil de ses paroissiens vers le village de Bonnières-sur-Seine.

    Une autre source va nous permettre maintenant de savoir ce qui s’est passé au village de Thy à la fin de cette première guerre, lorsque des émigrés Lensois, expulsés de leur ville par les troupes allemandes, vinrent passer quelques mois au village de Thy-le-Château au cours de la dernière année du conflit.

    En effet, un des jeunes hommes faisant partie du convoi a consigné par écrit dans un cahier d’écolier le périple que les réfugiés ont dû effectuer, pour aboutir finalement à Thy-le-Château. Par la suite, il a continué son journal dans lequel il décrit la façon dont il perçoit le village, les habitudes des habitants, leur hospitalité, leurs manies et leurs travers : une mine de renseignements pour la postérité.

    Ce carnet de voyage fut retrouvé au début des années 50 et le contenu parut dans le journal local Lensois « La Croix du Nord » entre la fin novembre 1953 et fin février 1954.

    Le contenu étant relativement long, il sera posté en plusieurs épisodes.

Bonne lecture...

                                                                                                                             

22/04/2007

La guerre de 14 et les exilés de Thy-le-Château

    Ce compte rendu a été rédigé par l'abbé Alphonse Beaujean, ancien curé de Thy-le-Château et extrait des archives paroissiales. Celui-ci eut une carrière bien remplie et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il a vu du pays.

    Né à Evrehailles le 6 septembre 1879, il fut successivement vicaire à Ciney, curé de Thy-le-Château de 1912 à 1926 et aumônier militaire, comme nous le verrons, au cours de la guerre 1914/18. Ensuite, il fut curé de Souk-el-Kémis et Doyen de Béja en Tunisie, puis archiprêtre de Ste-Croix à Tunis. Par la suite, il fut Chanoine honoraire de Carthage et enfin Prélat de Sa Sainteté le pape.

    Il faut dire que l'armée allemande, depuis son entrée en Belgique, avait acquis une horrible réputation loin d'être surfaite, suite aux événements survenus dans nombre de villes et de villages traversés: mise à sac et incendie des habitations, massacre des populations civiles, notamment à Leuven, Aerschot, Tamines, Dinant (606 fusillés), Hastière, Hermeton, Surice, Charleroi, ... Elle avait laissé derrière elle, une traînée de feu et de sang.

    Pour le canton de Walcourt, le tableau suivant donne le nombre de maisons incendiées:

Commune

Nbre de maisons

Maisons détruites

Commune

Nbre de maisons

Maisons détruites

Daussois

202

25

Silenrieux

267

22

Fraire

313

2

Somzée

138

34

Hansinelle

187

73

Tarcienne

149

14

Hanzinne

191

39

Walcourt

425

13

Laneffe

182

20

Yves-Gomezée

220

11

Morialmé

312

7

 

 

 

Le rappel sous les drapeaux.

    Comme milicien de la classe 1899, dernière classe rappelée sous les drapeaux, je fus mobilisé le 14 août 1914. Force me fut de quitter ma paroisse et d'en laisser le soin à Monsieur le Vicaire Mahillon. Ma soeur qui habitait avec moi, quitta également le presbytère et se rendit chez une autre de ses soeurs à Auvelais.

    Le presbytère resta vide et fut confié au soin du clerc Achille François.

    Mon ordre de rejoindre me désignait pour Anvers où je restais quelques jours à l'hôpital militaire. De là, je fus affecté comme brancardier au service des trains sanitaires ou l'évacuation des blessés, poste auquel je restais attaché jusqu'en juillet 1915. A cette date, je fus nommé aumônier à la 4eme division d'armée. Je gardais ce poste jusqu'au 1er janvier 1917. Je dirai plus loin ce que je devins.

La débacle.

    Le 23 août 1914, les Allemands ayant franchi la Meuse et la Sambre, s'avançaient à travers l'Entre-Sambre-et-Meuse. La bataille de Charleroi se termina sur les hauteurs de Somzée, Nalinnes, etc...

    Toute la population de Thy-le-Château, suivant le flot des fuyards qui arrivaient du pays de Charleroi, quitta le village. A peine resta-t-il une trentaine de personnes à Thy.

    Une ambulance avait été établie chez les soeurs, seule la soeur supérieure, Soeur Marie-Louise, resta avec les blessés. Les habitants de Thy s'enfuirent dans la direction de Couvin, Mariembourg, Chimay. Les uns s'arrêtèrent en route vers la frontière française, les autres allèrent plus loin et pénétrèrent en France où ils séjournèrent pendant toute la guerre.

    Après deux ou trois jours, les premiers revinrent sur leurs pas et rentrèrent dans le village. La plupart des maisons avaient été pillées. Aucune maison cependant ne fut incendiée. Tout se résuma au pillage des vivres, boissons et linges.

    Deux hommes du village: Valentin Goblet et Jules Dubois (le père de Ferdinand) qui s'enfuyaient dans les champs furent fusillés par les Allemands dans les environs d'Erpion.

La vie à Thy-le-Château.

    Un groupe d'habitants, environ trois à quatre cents, passèrent donc en France. Quelques-uns d'entre eux revinrent à Thy la première et la deuxième année de guerre par la Suisse ou par l'Angleterre et la Hollande.

    Trois cents environ restèrent en France. Monsieur le Vicaire Mahillon passa aussi en France mais il revint à Thy-le-Château au mois de mars 1915. Pendant son absence, la paroisse fut administrée par un père Oblat du couvent; ces pères n'étaient pas partis.

Thy château Piret 1908    La maison du notaire Haverland avait été, lors des expulsions des religieux de France en 1905, occupée par des religieuses Bénédictines. En 1911, celles-ci partirent en Hollande et furent remplacées par le noviciat des Pères oblats qui devint par la suite propriété de Monsieur Louis Piret.

    Monsieur le Vicaire Mahillon administra la paroisse pendant le reste de la guerre. Le village n'eut pas trop à souffrir jusqu'en 1917, il n'y eut guère d'Allemands à Thy, sinon ceux venant de Berzée.

    L'ennemi ne fit pas trop de réquisitions et l'on n'eut à déplorer aucune déportation d'hommes. Quelques habitants (une dizaine à peine) allèrent travailler volontairement en Allemagne. D'autres, contraints par la faim, se mirent au service des Allemands dans le pays. En général, la population se tint bien, à part certaines familles et quelques femmes qui se firent remarquer.

    Entretemps, les Allemands pillèrent complètement les usines et en 1917, ils y établirent un magasin de vivres.

Thy chât champ bourdon    Environ 600 prisonniers russes furent logés au château du Champ Bourdon.

    En 1917, un millier de réfugiés français de la région de Lens arrivèrent aussi dans le village. Parmi eux, nombre de femmes, d'enfants, de vieillards furent rapatriés plus tard par la Suisse. L'autre partie resta à Thy jusqu'à la fin de la guerre.

    La population étant composée en grande partie d'ouvriers, on comprend que l'agriculture ne pouvait nourrir toutes ces bouches, aussi la vie fut très rude et la misère très grande pour beaucoup.

    Les fermiers firent-ils tout leur devoir pour ravitailler la population? Je ne peux dire ce qu'il y a de vrai en cela, mais beaucoup se plaignirent d'eux.

    A Thy comme ailleurs, on organisa différentes oeuvres; outre le ravitaillement officiel, l'ouvre de la soupe scolaire, de la soupe populaire, de la goutte de lait, etc...

    Ma maison fut aussi soumise au pillage, néanmoins, en rentrant, je trouvais mon habitation encore assez en ordre.

Thy int église    Vainement, les Allemands tentèrent de forcer le coffre-fort contenant le trésor de l'église; ils n'y parvinrent pas. Les traces de leur passage sont encore visibles sur ce coffre-fort. L'église n'eut pas à souffrir; toutefois, son état de délabrement augmenta encore pendant cette période de guerre.

    Ceux des paroissiens qui passèrent en France furent dispersés dans tous les coins de ce pays. Etant à l'armée, je parvins à me mettre en rapport avec la plupart d'entre eux et je m'efforçais de leur communiquer les rares nouvelles que je parvenais à recevoir du pays occupé. Ceci m'astreignit à une correspondance très absorbante et très fatigante qui s'ajoutait à ma besogne de brancardier.

La création d'une paroisse en France.

1Bonnières ext usine    En août 1915, Monsieur Louis Piret qui se trouvait en Angleterre, vint en France et parvint, au prix de grands efforts à monter un laminoir à Bonnières-sur-Seine (Seine et Oise) entre Nantes et Vernon, sur la grande ligne de Paris au Havre.

    Aidé de son ingénieur Louis Dumoulin, de son comptable Louis Rodelet et d'autres contremaîtres, Monsieur Piret ne tarda pas à bien faire fonctionner cette usine.

    Bientôt, tous les ouvriers de Thy et environs réfugiés en France, pour la plupart anciens ouvriers de M. Piret à Thy, arrivèrent à Bonnières. Leur nombre augmenta de jour en jour et en 1916, ils étaient un bon millier.

1Bonnières personnel    Plusieurs fois pendant les congés de front, je rendis visite à cette colonie belge de Bonnière, comme auparavant, pendant mes congés, j'avais déjà rendu visite à bon nombre de réfugiés dans diverses régions de France.

    Sur les instances de M. Piret, le gouvernement me désigna comme aumônier aux usines et à la colonie de Bonnières, le 1er janvier 1917. Je restais attaché à l'armée et j'avais à m'occuper en même temps des mutilés de la guerre dont il existait des centres de rééducation aux environs de Bonnières.

1Bonnières profession de foi    Pour le culte des Belges, l'évêché de Versailles mit à ma disposition l'église presqu'abandonnée de Bennecourt située de l'autre côté de la Seine, en face de Bonnières. Ce fut l'église des Belges de Bonnières et des environs. Pendant deux ans, j'y remplis tous les exercices du culte.

    J'établis ensuite des écoles pour l'instruction des enfants belges, un cercle des familles belges, une salle de spectacles, un restaurant économique, un petit magasin de tissus et autres objets, un ouvroir pour donner du travail aux femmes, un dispensaire, une oeuvre des nourrissons. Je m'occupais également du logement et de l'ameublement des réfugiés. La colonie s'organisation ainsi de façon complète et nous formions là un véritable village belge, tout à fait indépendant au milieu de la France.

La vie à la colonie belge de Bonnières.

1Bonnières usine métallurgique    Grâce à M. Piret, cette colonie fut des mieux installée et des mieux dirigée et devint, on peut le dire, le modèle des institutions de ce genre pendant la guerre.

    Nous reçûmes là la visite de la plupart des autorités belges en France. Monseigneur Gibier, évêque de Versailles y vint plusieurs fois donner la confirmation aux enfants.

    Les ouvriers se trouvaient très bien à Bonnières et y gagnaient largement leur vie. A la fin de la guerre, ils participèrent tous aux bénéfices de l'entreprise.

1Bonnières école belge    Pendant mon séjour à Bonnières, je fondai un journal mensuel intitulé: "Journal des métallurgistes belges de Bonnières et environs". Ce journal était destiné aux familles de Bonnières, aux soldats et aux autres réfugiés du pays. Il servait surtout à communiquer à tous, les rares et maigres nouvelles qui nous arrivaient du pays occupé. On trouvera dans ce journal qui reste aux archives de la cure, l'historique complète de la colonie de Bonnières.

    Cette colonie fut dissoute après l'armistice. On n'oubliait pas non plus les soldats, ni les prisonniers à Bonnières. Une oeuvre fut établie pour leur venir en aide; un établissement recevait les soldats en permission et bon nombre de mutilés vinrent travailler aux usines.

Le retour au pays.

    Aux premiers jours de l'armistice, c'est-à-dire vers le 20 novembre 1918, je revins en Belgique, en automobile, avec M. Piret à travers les régions dévastées et les ruines encore fumantes. Ce voyage demanda deux jours. Nous arrivâmes à Bruxelles pour la rentrée triomphante du roi.

    Ma rentrée à Thy fut marquée par la plus triste nouvelle: j'appris la mort de ma chère et regrettée soeur décédée le 21 octobre précédent. Ce coup fut très rude pour moi; il assombrit considérablement la joie que j'éprouvais de la victoire et de ma rentrée dans ma paroisse.

    Les habitants de Thy m'accueillirent très chaleureusement. J'arrivais au village un samedi soir. Le lendemain, avant la grand-messe, les autorités communales, la musique, toute la population vinrent à ma rencontre. La messe fut une messe solennelle d'action de grâce.

    Je ne revins définitivement dans la paroisse qu'au mois de mars 1919. Depuis le premier janvier jusqu'à mon retour, le service fut assuré par Monsieur l'abbé Botte, ancien aumônier militaire, Monsieur le Vicaire Mahillon resta encore dans la paroisse jusque fin février, moment où il fut nommé curé à Journal.

    A mon retour, je ne trouvait guère la paroisse en meilleur état qu'à mon arrivée en 1912, surtout au point de vue religieux. Je refis la tournée du village et je tâchais de regrouper le troupeau.

   Soldats de Thy tombés au champ d'honneur.  

  • Jules Lemaire
  • Jules Meunier
  • Léopold Dupont
  • Henri Bayenet
  • Bernard Delcroix
  • François Bayet
  • Alfred Julsonnet, mort en captivité.

    Une pierre commémorative a été érigée dans l'église en souvenir de ces braves. Cette pierre  fut solennellement bénite par Monseigneur Heylen, après le sermon qu'il fit le jour de sa visite pour clôturer la mission de 1920.

                                                                                                                          

17/04/2007

Thy-le-Château, le bombardement du 14 mai 1940

Thy Bomb carcasses de camionsLes carcasses des camions français.
   Au cours de cette abominable journée, le centre du village fut la proie des flammes. Des camions militaires français étaient venus se garer sur la place communale, auprès de l’église du village de Thy-le-Château.

Thy Bomb église & bombesQuelques bombres restées intactes mises en tas.

   Un avion allemand, qui survolait le patelin repéra le convoi à l’arrêt et après quelques passages lâcha deux bombes incendiaires qui mirent le feu aux munitions que contenaient ces camions. L’incendie se propagea immédiatement à l’église, dont la tour romane fut fendue de haut en bas, et à toutes les maisons environnant la place.

Thy Bomb int égliseLes ruines de l'église, côté jubé.

   On ne put pratiquement rien sauver du trésor de l’église. Celle-ci venait d’être restaurée en 1920 et il n’en restait plus qu’un amas de pierres. Il s’agissait d’un petit bijou d’architecture de style gothique primaire qui datait, pour sa partie la plus ancienne du XIIIe siècle. L’intérieur était garni de magnifiques boiseries de style Renaissance et le chœur s’enorgueillissait de contenir quatre grandes peintures de Blocq datant de 1768. Celles-ci représentaient "Jésus au Prétoire", "Jésus devant Pilate", "la Déposition de la Croix" et "la mise au Tombeau".

Thy Bomb quartier égl magasinsLes maisons de commerce qui fermaient la basse-cour du château.

   Pas moins de 35 habitations avoisinant la place furent détruites : 25 furent incendiées et 10 autres étaient rendues inhabitables.

Thy Bomb quartier égl rueLes mêmes maisons à contre-sens.

   Le vieux château ne subit que peu de dégâts si ce n’est l’écroulement d’une vieille tour d’angle, le reste fut préservé.

Thy Bomb maison baillyLa maison Perrier.

   Parmi les maisons détruites, on comptait « la maison du bailly », également appelée la maison « Casimir Perrier », de son vrai nom Casimir Servotte, qui était le tenancier de la "Vieille Brasserie du Château". Cette bâtisse de style espagnol était ornée à mi-hauteur d’une corniche de pierre sculptée. Les cheminées qu’elle renfermait, avant modernisation, étaient encore à crémaillère et on pouvait admirer les magnifiques portes et l’escalier en pleine fleur de chêne.

Thy Bomb ancienne posteL'ancien bureau de Poste.

 

 
 

Thy Bomb café châteauLe café situé en face du château.

 

 

Thy Bomb intérieur maisonUne des maisons ravagées par le feu.

 

 

Thy Bomb quartier châteauLa tourelle détruite

 

 
 
 
Thy Bomb quartier égl ruinesLe quartier sous un autre angle.

 

 
 
 
Thy Bomb rue des DamesLe pied du chemin de Walcourt.
 
 
 
 

Thy Bomb ruines de léglisePlan général pris de la colline dominant la vieille ferme.

 

 

Thy Bomb quartier égl aér 2Une vue d'ensemble de la rue de l'église.

 

 

Thy Bomb quartier égl aérVue en plongée prise du donjon du château.

 

 

Thy Bomb quartier égl aér PNSeconde vue prise du donjon montrant la partie située plus à gauche du passage à niveau.

 

 

Thy Bomb ruine égliseLes ruines vues côté choeur.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Thy Bomb ruine église & curéLe curé Bonjean contemple ce qui reste de son église.

 

 

 

 

 

 

   Au vu de ces clichés, on peut se demander comment il est possible qu'il n'y ait eu que peu de victimes, car tout ce quartier était habité au moment du bombardement!

                                                                                                                                  

01:15 Écrit par Bob dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : guerre 40 45, thy-le-chateau |  Facebook |