16/06/2007

Les possessions de l'abbaye

Les sources de revenus.

St Gérard Brogne abbaye et ferme façade arr    A la fin du Xe siècle, les possessions de l'abbaye sont déjà très nombreuses dans l'Entre-Sambre-et-Meuse. Elle détient de nombreuses fermes et granges, notamment à Bossière, Denée, Lesves,  Maredret, Mettet, Montaigle, Sart-Saint-Laurent, ... Elle tire des revenus des carrières de pierre de Denée, de l'exploitation de la forêt de la Marlagne et de la pêche dans les eaux poissonneuses de la Molignée. Les habitants de la localité sont encore tenus de venir moudre leur grain au moulin de l'abbé et cuire le pain au four de l'abbaye.

    "Charles le Gros, empereur fait savoir qu'accédant à la demande du comte Robert et de l'évêque de Tongres Francon, de céder en propriété à Sanction une terre qu'il tenait en fief, il a donné à celui-ci dans le comté de Lomme, dans la villa appelée Maredret, un manse dominical avec vingt autres manses appartenant à l'église de Brogne que son fils Gérard, homme de vie vénérable, a restaurée en l'honneur de la croix, source de vie, et des princes apôtres. L'empereur a restitué, d'une part, à la même église de Brogne, sur le conseil de l'évêque Francon toutes les dîmes, tant des coutures que des autres manses de la villa de Maredret qui avaient été enlevées à la chapelle de Saint-Martin et de Saint-Sulpice située à Maredret et il ordonne que sa décision soit exécutée.

    Il décide que Sanction détiendra et possédera les terres précitées avec les dîmes grandes et petites et qu'il sera libre d'en faire ce qu'il voudra. Il confirme, en outre, à l'église de Brogne tous les droits de justice dans la villa de Maredret et dans les autres alleux de Sanction et de son fils, le seigneur Gérard, appartenant à la dite église. Afin que sa concession et sa confirmation soient mieux reconnues et observées plus attentivement à l'avenir par tous les fidèles, l'empereur confirme son acte de sa propre main et ordonne qu'il soit muni de son propre sceau.

                Palais d'Aix-la-Chapelle, le 28 octobre 887."

    Le comté de Lomme, dont il est question sur ce parchemin tiré du chartrier de l'abbaye de Brogne, n'est autre que le futur comté de Namur et "le manse dominical" est la réserve seigneuriale. Quand on parle de coutures, il s'agit des terres de cette réserve.

    Charles le Gros fut empereur d'Occident de 882 à 887 et roi de France de 885 à 887. L'acte reproduit ci-dessus n'est pas un original, il n'est pas muni du sceau; de plus, l'écriture n'est pas celle du IXe siècle, mais daterait plutôt de la fin du XIe siècle. De plus certains éléments chronologiques ne concordent pas avec les faits connus de la vie de Charles le Gros. Ce document est en fait une copie et a certainement été "remaniée" par un moine de l'abbaye de Brogne vers le XIIe siècle afin de faire remonter l'origine de leur abbaye à une plus haute antiquité. Ce faux ne serait pas le seul confectionné par les moines, à la même époque.

La façon de les dépenser.

    Toutes ces ressources permettent à l'abbaye de tenir une école pour les fils des seigneurs des environs. Les moines s'appliquent également à organiser des distributions de vivres aux pauvres des villages environnants qui se trouvent démunis des suites des intempéries et des maladies qui les frappent.

Les successeurs de St-Gérard.

    Trente-six abbés lui succèderont, dont peu d'informations nous sont parvenues. Plusieurs d'entre eux furent également abbés de l'abbaye de Lobbes, distante de près de 35 kilomètres.

Héribert: il fut le précepteur et chapelain de l'empereur d'Allemagne Othon III. Ce dernier visita l'abbaye de Brogne en compagnie du prince-évêque de Liège, Notger, en 992.

Gonthier: il fut le quatrième abbé de l'abbaye de Brogne. Il est connu pour avoir agrandi l'église abbatiale qui disposait dorénavant de trois nefs et six travées, d'une tour et d'un porche de style roman. C'est l'évêque de Liège, qui la consacra en 1038.

Robert: qualifié d'abbé bâtisseur, il gouverna l'abbaye de 1192 à 1221. Il restaura vraisemblablement la majeure partie de l'abbaye. Celle-ci connaissait, en effet, un nouvel élan au pèlerinage local, à la suite de la canonisation de son fondateur en 1131. Certains éléments du porche de la ferme fondée vers 1196 peuvent encore être admirés aujourd'hui. La Crypte, qui est également parvenue jusqu'à nous date de la même époque.

Guillaume de Graux: le 32e successeur de Gérard à la tête de l'abbaye dut vendre une partie des avoir du monastère afin de pouvoir construire la grande tour, le quartier des hôtes et de restaurer la tour de l'église qui avait été foudroyée au cours d'un orage.

Guillaume Caulier: il permit l'élargissement du cloître et l'élévation du choeur gothique en 1550.

Benoît de Mailly: il fut le dernier prêtre régulier et reconstruisit la ferme de la basse-cour et la grange. Il fit restaurer de nombreux bâtiments du monastère qui avaient subi d'importants dommages lors de la guerre avec la France en 1525.

                                                                                                                                            (à suivre...)

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15/06/2007

Un peu d'histoire

L'origine de Brogne.

St Gérard Brogne grav Remacle Leloup 1731    "Pour lors, le lieu s'appelait Broigne, et ce nom lui a été donné par suite de l'existence  d'une fontaine distante de l'abbaye, qui se nomme Brogniau, qui veut dire brune-eau... La place du lieu est belle et assez régulière et la principale entrée de l'abbaye qui y aboutit regarde le septentrion, mais le reste de l'abbaye envisage le midi".

    Ceci était l'hypothèse défendue par dom Massart, moine de l'abbaye et curé de la paroisse, concernant l'origine du nom de la localité, dans une description qu'il donnait de l'abbaye en 1711.

La fondation de l'abbaye.

St Gérard Brogne pano couleur    Gérard, jeune noble, fils d'une famille de riches propriétaires fonciers de l'Entre-Sambre-et-Meuse, naquit à Stave vers 890. Il était employé comme page à la cour de Béranger, comte de Namur. Il s'y entraînait au maniement des armes et venait, de temps en temps, s'adonner à la chasse sur les terres de ses parents, dans la forêt de la Marlagne. Ceux-ci y possédaient une exploitation agricole, un refuge pour les chasseurs et une chapelle.

        C'est là, au cours d'une de ces chevauchées qu'il reçut l'inspiration divine de fonder une abbaye. Alors qu'il se reposait à l'orée de la forêt, dans la vieille chapelle Saint-Pierre, le saint patron du lieu lui aurait suggéré d'édifier un sanctuaire au même endroit, d'y placer les reliques de Saint-Eugène et de fonder un monastère.

    Gérard de Stave se rendit à Paris, où il reçut une formation de moine bénédictin. En 919, il ramena de l'abbaye de Saint-Denis les reliques de Saint-Eugène qu'il plaça dans l'église paroissiale de Brogne. Douze moines français l'avaient accompagné. Il fit ensuite construire, à proximité de la source du Brogniau, une abbaye dédiée aux Saints Pierre et Eugène et en devint le premier abbé en 923. Il y mourut en 953.

Les premiers moines.

    Les premiers éléments de l'abbaye étaient élémentaires, à savoir: l'église, le cloître, le dortoir et une ferme. Ils furent érigés avec l'aide bénévole de paysans de la région, qui offrirent également leur aide pour exploiter la forêt de la Marlagne. Quelques maisons vinrent se greffer autour de l'abbaye si bien que bientôt le village de Brogne naquit autour du monastère.

    Les moines vivaient au même rythme que les paysans. D'une part, ceux que l'on appellait les "moines de choeur", assuraient les différents offices religieux, tout au long de la journée et s'occupaient des chants de la messe. D'autre part, les frères convers, aidés de quelques laïcs, s'adonnaient aux travaux des champs.

    Pour sa part, Gérard de Brogne, qui, à la demande du comte Armand de Flandres et de Giselberg, duc de Lotharingie, s'était investi du devoir de restaurer la vie religieuse dans les abbayes plus anciennes, devait souvent s'absenter. Il est en effet reconnu par les historiens pour avoir été le moine réformateur du Xe siècle et son influence se fit sentir en Hainaut, en Lorraine, en Flandre, en Artois, en Normandie. Il restaura les abbayes de Saint-Amand, Saint-Bavon à Gand, Saint Bertin, Saint-Ghislain, Saint-Ouen à Rouen, Saint-Pierre, Mont Saint-Michel, Salles à Chimay, Saint-Rémy à Reims, Saint-Wandrille, ... Ses motivations étaient d'assurer l'infrastructure matérielle de l'abbaye, de nommer un abbé régulier et de rétablir la règle de Saint-Benoît. Il rentra à Brogne en 953.

    A sa mort à Brogne, le 03/10/959, à l'âge de plus ou moins septante ans, il fut enterré dans le choeur de l'église abbatiale. Il sera canonisé en 1131 et ses restes seront exposés, aux  nombreux fidèles, dans un luxueux reliquaire. Ceux-ci vinrent en pèlerinage implorer Saint-Gérard afin d'obtenir la guérison de leur fièvre ou de leur jaunisse. A cette occasion, ils s'abreuvaient au puits de Saint-Pierre qui se trouvait au milieu de l'abbatiale, dans la nef réservée aux fidèles, juste devant l'escalier qui menait au choeur des moines. Plusieurs documents d'époque attestent des miracles, par exemple:

«  L'an de grâce 1602, Simon Anseau, pharmacien à Thuin, âgé de 32 ans, souffrant depuis trois mois d'une fièvre, était devenu jaune comme cire. Après avoir tenté toutes sortes de remèdes et avoir appelé à l'expérience des hommes d'art, abandonné par eux sans aucune espérance, il voua à Dieu et à Saint-Gérard de visiter les reliques de notre saint à Brogne; et à l'heure même, il fut rendu à la santé. La chose arriva le 26 août et, trois jours après, il se rendit de Thuin à Saint-Gérard sans le secours de personne. Les deux localités sont distantes d'environ sept lieues. Cette guérison fut attestée par Simon, sa mère Haverlant, en présence du prieur et de deux religieux.  »
 

    Saint Gérard de Brogne fut l'un des premiers belges à être canonisé.

                                                                                                                                          (à suivre...)

12:54 Écrit par Bob dans Abbayes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : st gerard |  Facebook |

02/05/2007

L'abbaye de Maredret.

Un peu d'histoire.

Maredret abbaye panorama 1905        Le 17 mai 1891, Henri et Jules Desclée firent donation d'un terrain emmuré de 15 hectares de vergers, de prés, bosquets et jardins, leur appartenant, sur la commune de Maredret. Leur père Henri-Philippe Destrée avait fait déjà fait don, en 1872, d'un terrain permettant la construction de l'abbaye de Maredsous. 

    La soeur de Félix de Hemptinne, Agnès, la cadette d'une famille de huit enfants, était entrée le 6 mai 1889 à l'abbaye de Solesmes en vue d'établir un premier monastère bénédictin, de type contemplatif, accessible aux femmes en Belgique.

    Entre 1889 et 1893, plusieurs jeunes filles vinrent la rejoindre à Solesmes avec pour objectif de fonder la nouvelle abbaye de Maredret.

Les premiers temps.

Maredret abbaye Ste Scolastique    Dom Hildebrand de Hemptinne, qui avait réalisé les premiers plans de l'abbaye, posa la première pierre de l'édifice le 5 août 1891.

    Les sept moniales fondatrices vinrent prendre possession des lieux en 1893, alors qu'une aile et demie du bâtiment était construite. Agnès de Hemptinne, Mère Cécile en religion, fut choisie comme prieure. Elle aura l'honneur d'être nommée abbesse par le pape Léon XIII en 1900. 

    Dans un premier temps, l'abbaye fut incorporée à la Congrégation de Beuron, dont faisait également partie l'abbaye de Maredsous. Après la Première Guerre Mondiale, les différents monastères belges se réunirent et formèrent en 1920 la Congrégation belge de l'Annonciation de la Sainte-Vierge. L'abbaye de Maredret rejoignit cette Congrégation en 1927.

La construction de l'abbaye.

Maredret abbaye égl color    Suivant le projet de l'abbé Hildebrand de Hemptinne, les architectes Ansival et Paquet dessinèrent les plans de l'abbaye. Tout comme l'abbaye de Maredsous, les bâtiments furent construits dans le style néo-gothique du XIVe siècle. On tira les pierres calcaires nécessaires à la construction des deux carrières situées à l'intérieur même de l'enceinte de l'abbaye. L'ensemble des bâtiments est couvert d'ardoises.

    Les deux ailes sud et est furent mises en chantier en 1891 sous la direction des architectes Gustave Soreil et Achille Durieu. Les travaux furent interrompus en septembre 1893 pour une durée de cinq années. Ils ne reprirent donc qu'en 1898, avec la construction de la troisième aile renfermant les cellules, d'une partie de l'aile ouest et de l'église abbatiale.

    Les travaux de l'église, se poursuivirent jusqu'en 1907, sous la direction de l'architecte gantois Auguste Van Assche. La tour de l'abbatiale a une hauteur de 40 mètres. Pour l'aile ouest, les travaux reprirent en 1933 jusqu'en 1936.

Maredret jardin    D'autres bâtiments annexes complétèrent la propriété des moniales. La Villa St-Jean, appelée actuellement "Clos St-Jean" fut terminée en 1892 et la ferme abbatiale en 1897.

    1924 vit le début de l'érection de l'aile St-Jean et, en 1933, on procéda à l'agrandissement de la "Villa Ste-Scolastique", actuellement destinée à l'hôtellerie et appelée le "Clos St-Pierre".

    1965 vit le réaménagement de l'intérieur de l'abbatiale dans l'esprit du concile Vatican II: les grilles du choeur et les parloirs furent supprimés.

    Le domaine qui couvre une quinzaine d'hectares est ceint d'un haut mur construit en moellons de calcaire, ponctué de quelques tours d'inspiration médiévale.

Les occupations des soeurs.

Maredret ferme    Les soeurs de Maredret vous accueillent dans leur sympathique petit magasin où sont en vente de nombreux articles d'artisanat réalisés à l'abbaye même et notamment la carterie qui nous révèle toute la finesse et la sensibilité des moniales de Maredret. 

    Celles-ci effectuent également des travaux de reliure. Elles sont plus particulièrement spécialisées dans l'art de l'enluminure gothique qu'elles appliquent notamment à de nombreux documents illustrant les grands étapes de la vie de tout un chacun.

Données pratiques.

Visites:

    Les visiteurs sont autorisés à assister aux offices liturgiques. 

Horaire des offices:

Maredret détail enluminure·         en semaine: messe à 11h40

·         les dimanches et jours de fête à 11h20.

Adresse:

Abbaye de Maredret, 9 rue des Laidmonts à 5537 Denée.

Tel.: 082/69.91.34 ou 082/69.91.45.

Fax: 082/69.99.90 

L'hôtellerie:

    Elle est ouverte sur réservation pour les visiteurs qui recherchent un lieu de quiétude et de recueillement. Il suffit de s'adresser à la soeur hôtelière.

Les expositions:

    Une exposition permanente de miniatures et de céramiques réalisées par les soeurs peut être admirée à l'abbaye.        

                                                                                                                                   

09:00 Écrit par Bob dans Abbayes | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : maredret, molignee |  Facebook |