09/07/2007

Une excursion, au temps jadis, dans l'Entre-Sambre-et-Meuse

    Nous allons revenir pour un temps aux lignes de l’Entre-Sambre-et-Meuse et nous replonger au temps de la vapeur, en plein milieu du XIXe siècle. Ce sont les vacances et le soleil étant revenu, nous allons rallier la frontière française, au départ de la gare de Charleroi, en traversant l'Entre-Sambre-et-Meuse au moyen de ce "nouveau" moyen de locomotion pour l'époque.

    M. A. Borgnet, professeur à l'Université de Liège, écrivait en 1897, sous le pseudonyme Jérôme Pimpurniaux, le "Guide du Voyageur en Ardenne" duquel est extrait ce qui suit:

001 Charleroi int gare du sud color    "Enfin, le quinze de ce mois, un vendredi, ayant mis la main sur un compagnon de route, j'ai pu partir pour cette excursion projetée depuis plusieurs semaines. Comme il s'agit surtout de parcourir la vallée de la Semois, et de gagner l'embouchure de cette rivière en côtoyant une partie de la Meuse, nous choisissons Charleroi pour lieu de rendez-vous. Le chemin de fer récemment livré à la circulation, nous conduira jusqu'à Vireux...

002 Cerfontaine environs du moulin & rails    Après Silenrieux vient Cerfontaine, qui a fourni bon nombre de médailles romaines aux numismates de la province. Ce village, la dernière station avant Mariembourg, est situé à trois lieues d'ici. Pas une habitation, des bois, toujours des bois. Nous rencontrons des remblais assez élevés, accompagnés de courbes assez hardies et d'un tunnel assez long. Le convoi marche à toute vapeur. Sur un chemin neuf, partant mal tassé, le procédé me paraît quelque peu américain, et plein de danger pour les voyageurs. Afin de nous rassurer, sans doute, des gens du pays, qui voyagent avec nous, signalent deux endroits où il y a eu des déraillements à peu de jours d'intervalle. Le renseignement n'est pas de nature à inspirer de la confiance, et notre physionomie assombrie ne s'éclaircit qu'en apercevant la station de Mariembourg

Mariembourg PN    Je n'ai pas revu cette petite ville depuis plusieurs années. Quel changement! C'était alors une place forte - si toutefois il est permis de donner ce nom à un village entouré d'une enceinte bastionnée - où les monuments étaient moins communs que les fumiers étalés le long des rues. Il y avait cependant là, si pas une merveille comme le colosse de Rhodes ou le phare d'Alexandrie, au moins une singularité qui n'échappait jamais à l'attention du voyageur: c'est que la même porte par laquelle il était entré dans la place, lui servait nécessairement pour en sortir.

Mariembourg inauguré 1864    Aujourd'hui, Mariembourg rendu à sa première destination est redevenu un modeste village, et ne s'en trouve probablement pas plus mal. Comme Philippeville, sa voisine, il a perdu ses remparts; ils ont été, sans plus de façons, culbutés dans les fossés. Les habitants n'ont pas, ce me semble, à se plaindre de l'insistance du gouvernement français, qui a pressé le démantèlement; je connais plus d'une ville fortifiée, où on ne demanderait pas mieux que de voir appliquer le même traitement aux murailles de l'enceinte.

    A Mariembourg, nous abandonnons la voie principale, qui aboutit à Couvin; bientôt elle ira à travers le département des Ardennes, retrouver à Reims une section du chemin de fer de Paris à Strasbourg. Comme nous voulons gagner la Meuse, nous prenons la direction de Vireux.

001Nismes route de la vieille église    La voie secondaire que nous suivons passe d'abord à une petite distance de Nismes. C'est ce beau village situé à droite, au milieu d'une vaste prairie. Les ruines qu'on aperçoit sur la hauteur, sont celles d'une église dont l'antiquité est suffisamment indiquée par le mur du cimetière, garni de tourelles aux angles, comme l'était toute enceinte fortifiée. D'ici nous distinguons un monolithe énorme, haut d'environ huit mètres, évidé vers la base, et qui se tient debout, près des premières maisons, dans l'attitude d'un factionnaire au repos. Si bloc de pierre mérita jamais d'être pris pour un monument druidique, c'est bien certainement celui-ci, isolé comme il l'est, et planté, dirait-on, bien moins par la main de Dieu que par celle de l'homme. Cependant je n'oserais m'aventurer à le qualifier Menhir, tant qu'il y a parfois de bizarreries dans l'ordre même des choses naturelles. Comme près de La Roche, nous avons encore ici un caillou qui tourne.

Nismes roche à l'ho & industries TB    Tournez maintenant les yeux vers la gauche, cette montagne rocheuse de forme conique, qui fait si bon effet dans le paysage, s'appelle le Roche à l'homme. Ce nom lui vient, dit-on, d'un ermite qui y eut longtemps sa résidence. Au pied de ce cône immense, où se trouve un trou de Nutons, l'Eau-Blanche et l'Eau-Noire se réunissent pour former le Viroin, que nous allons traverser quinze fois, avant d'arriver à son embouchure. L'Eau-Blanche et l'Eau-Noire viennent toutes deux des hauteurs de la Fagne, vers Chimay. A Couvin, l'Eau-Noire entre dans une montagne appelée le Pont d'Avignon, et en sort trois kilomètres plus loin, après avoir consacré vingt-quatre heures à faire ce trajet souterrain.

    Nous laissons à gauche le village de Dourbes, qui possède de curieuses ruines, au sommet d'une montagne escarpée; ce sont les restes d'un vieux château appelé Château de Hauteroche; il possède aussi sa Gatte d'or.

Dourbes vieux château    La tradition rapporte que le vieux manoir fut jadis la propriété d'un seigneur, dont les deux frères résidaient à Fagnolle et à Sautour. Quand venait la nuit, les trois nobles sires se la souhaitaient bonne, en allumant un flambeau sur la tour la plus élevée de leur domaine.

    Dans l'Entre-Sambre-et-Meuse, les manoirs ruinés sont nombreux. La plupart ont été réduits à ce tiste état lors de l'invasion de ce pays en 1554, par le roi de France HenriII. Mais la tradition ne l'entend pas ainsi; elle attribue ces dégâts aux Sarrasins, qu'elle fait alternativement constructeurs et destructeurs.

Olloy tunnel chf    Après avoir traversé un tunnel près de Dourbes,  nous passons au beau milieu d'Olloy. Vierves ensuite se présente à gauche, avec son château placé dans un site des plus agréables. Ce château est habité et soigneusement entretenu par le propriétaire, homme de goût et d'humeur artistique, qualités assez rares chez un noble. Nous passons encore près de Treigne, et je constate, autant que la chose est possible à un touriste emporté par la vapeur, que cette vallée ne manque pas de pittoresque et mériterait une course moins échevelée.

Vireux Molhain int gare 1919    Bientôt nous arrivons au petit village de Molhain, dont la vieille église m'a été signalée comme un monument curieux à visiter. Le moyen de s'arrêter quelques instants, avec un conducteur aussi obligeant qu'une locomotive! A peine ai-je le temps de jeter les yeux sur le modeste temple qui est à ma droite. Nous venons d'entrer en France, et, quelques minutes après, nous arrivons à Vireux, où est le confluent de la Meuse et du Viroin".

    Allez maintenant vous asseoir à l’ombre d’un parasol et rêvasser à cette époque où le temps ne comptait pas.

                                                                                                                                             Bonne fin de journée...

Commentaires

Un petit bonjour en passant Beaux récits, bien illustrés.

Écrit par : Les sources du Nil | 09/07/2007

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