12/06/2007

Qu'est-ce qui avait occasionné une telle situation?

    Pourtant toutes les conditions étaient réunies pour que le projet du chemin de fer de l’Entre-Sambre-et-Meuse soit suffisamment intéressant pour fidéliser les actionnaires.

    Tout d’abord, il allait traverser une contrée riche en minerais, notamment de fer et de plomb, en carrières, en fours à chaux, … Il allait être connecté, au Nord, à la "ligne du Midi" qui allait relier Bruxelles à Namur via Braine-le-Comte et Charleroi et des pourparlers étaient en cours pour que la ligne, en sa partie Sud, rejoigne celle qui devait relier Sedan à la frontière belge et offrir l’accès au réseau de l’Est de la France, vers Charleville et Rocroy.

    Ensuite, un entrepreneur à forfait avait accepté de fournir un cautionnement de plusieurs centaines de milliers de francs, de devoir exécuter au préalable, sans rien recevoir, des travaux pour une valeur de 600 à 800.000 francs et de présenter des garanties contre les excédents de dépenses et des appels de fonds supplémentaires.

    Le montage financier avait été réalisé, d’une part par des apports d’actionnaires que l’on appellera "sérieux", confiants dans la solidité du projet et qui comptaient laisser fructifier leur argent à long terme et, d’autre part, par des spéculateurs plus impatients qui voulaient bénéficier d’un rapport rapide et qui comptaient tirer des bénéfices importants résultant des différences des cotes d’action en bourse.

    Ces derniers voulurent donc recueillir leurs bénéfices anticipés et vendirent leurs actions en masse, ce qui eut pour effet de porter le discrédit sur l’entreprise. Ils refusèrent de plus d’effectuer leurs versements aux dates fixées en raison de la situation précaire dans laquelle se retrouvait la S.A., alors qu’ils en avaient provoqué la chute, à la suite de quoi, ils exigèrent la dissolution de la Société et l’abandon de l’entreprise.

    Il est également vrai qu’en 1839, la révolution industrielle qui avait débuté à la fin du XVIIIe siècle connaissait sa première crise économique : le goût de la technique et de la mécanisation s’était répandu et avait atteint son point de non-retour, sans qu’on en mesure toujours les conséquences et les risques et on expérimentait le premier emballement financier. En France, la dépréciation frappait les titres des entreprises ferroviaires, ce qui eut également pour conséquence d’effrayer les porteurs des 11 à 12.000 actions, Allemands et Français qui s'empressèrent de récupérer leur mise à la première occasion.

                                                                                                                                          (à suivre...)

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