04/05/2007

"Au pays des déménagements provisoirement définitifs."

"Lundi de Pâques, 9 avril 1917."

Thy pano Pairelle    "Ca y est! Notre déménagement est terminé. Nous avons quitté la Villette d'en haut pour descendre à la Pairelle, habiter une maison mieux située et meublée et d'ici, nous levons les yeux vers ce qui a été notre premier logis dans ce pays défriché auquel déjà nous étions attachés et que nous avons abandonné à regret. C'est là que nous avons connu quelques mauvais jours et quelques bons coeurs pourtant de gens qui nous ont aidé autant qu'ils ont pu, ouvriers plus ou moins au chômage, pour qui, nous nous en sommes rendus compte, la vie est également bien incertaine et dure.

Thy cour du Moncia 1908    C'est là que pendant dix jours l'un de nous est descendu avec ce pot de grès d'emprunt pour chercher la soupe et ce qu'on appelle ... le café, distribués aux locaux, exactement jusqu'au 24 mars, avec les quatre rations quotidiennes de pain coupé que les autorités nous ont servies gratuitement.

    C'est là que nous avons amené ces colis de quinze kilos autorisés - contents d'avoir réussi à en avoir logé dix-neuf. Quelle chance a eu notre vieille voisine de Lens, celle qui en 1915 a appris le pur Givenchy, son pays, au jeune officier allemand qui voulait étudier la littératue française, de voir arriver à Berzée, son volumineux ballot d'un poids double, ayant risqué le tout pour le tout.

    Nous les avons déballés, retrouvant avec empressement ces vêtements, ces objets, ces provisions emportées de Lens, telles ou telles choses estimées préférables au moment de notre départ, en prévision de cet inconnu dans lequel nous voici engagés. "Ah! Si nous avions notre coup à refaire". Que de fois nous avons entendu ces mots dans la bouche des réfugiés. Quel est celui ou celle d'entre nous qui peut se vanter d'avoir fait son paquet d'une façon parfaitement intelligente? Surtout dans la précipitation du dernier jour.

    Généralement, c'est sur le chapitre de la nourriture que nous portons nos regrets: on nous avait dit à la mairie que le ravitaillement suivrait dans un wagon spécial, mais rien n'est encore venu de Lens.

    A vrai dire, la première semaine, nous n'avons pas eu faim, et même, comme les dernières poules ou le dernier lapin avaient été sacrifiés, certains ont dû se presser pour les finir en bonne conservation. Mais quelques jours plus tard, ce n'était pas la même chose. Nous tombons mal. Cet automne, pour la première fois par ici, les Allemands ont parlé de réquisition de pommes de terre et beaucoup de fermiers, préférant ne pas les laisser à l'ennemi les ont enterrées! Pas assez profondément pour ce plus dur gros hiver que nous subissons encore. Et beaucoup de tubercules sont gelés. Nous avons essayé d'en consommer quand même, mais les conséquences, mieux vaut n'en pas parler. Cette absence de pommes de terre devient un drame. Autrement, nous eussions pu attendre la mise en place du ravitaillement américain, et maintenant espagnol qui commence à fonctionner pour les Français."

                                                                                                                                 (à suivre...)

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