03/05/2007

"Un lointain concours de maux croisés"

Thy chapelle St Pierre    "Bien que des ... anges gardiens les eussent reçus, les Lensois débarqués à Thy-le-Château n'étaient pas eux-mêmes des anges, et les problèmes matériels devaient bientôt se poser pour eux. Les premières curiosités satisfaites dans ce nouveau pays, chaque famille se trouva vite en face d'une situation à examiner, parfois à accepter, le plus souvent à améliorer, sinon à défendre. Ces centaines de personnes, hier encore en danger sans doute, mais tout de même placées dans un cadre de vie souterrain auquel elles s'étaient peu à peu habituées, la résignation aidant, se trouvaient si brusquement détachées de leur terroir! Consciemment ou non, elles sentaient qu'il fallait songer pour un temps plus ou moins long, en tout cas indéterminé, à reprendre racine là où les circonstances les avaient amenées.

    Reprendre racine, c'était ne pas tarder à rétablir ce qui contribuerait à tenir la vie des grands et des petits, des vieux et des jeunes, c'était au plus vite refaire le foyer, c'était le premier problème de la flamme à résoudre.

    Ce poêle et le combustible à joindre, ce trou à percer ou à refermer dans la pierre, ce bois à fendre, cette hache à trouver, cette brouette à emprunter!

    C'était ce repas à préparer, cette course aux choses indispensables qui faisaient - ô combien - souligner l'utilité première d'une casserole, comparée à la vanité d'un colifichet emporté par distraction. "Si j'avais laissé ceci plutôt que cela!" Que de fois n'a-t-on pas entendu ces mots, surtout au début. Vains regrets!

    Reprendre racine, c'était surtout alimenter - et de toutes manières - ce foyer dant la flamme nouvellement jaillie procura d'ailleurs aux réfugiés une joie teintée de soulagement, c'était l'achat - avec quelle monnaie? - bientôt la recherche, voire la course aux denrées dont on venait en Belgique, dès avant l'arrivée de Français, de constater avec un normal souci des indices d'une grandissante raréfaction, en cette troisième année de guerre.

Thy pl communale & château    Reprendre racine, c'était, après la première quinzaine d'entraide bénévole entre amis, connaissances et voisins, essayer pour les hommes de se reclasser en activité, dans ce pays où l'occupation ennemie et le blocus allié concouraient à étendre un chômage auquel naturellement les ouvriers de l'endroit tentaient d'échapper par tous les moyens. C'était pour les mamans - en l'absence du père souvent aux armées - cette préoccupation de la reprise d'une scolarité régulière pour leurs enfants peu favorisés à Lens par les bouleversements antérieurs. (Ouis mais comment?)

    C'était ce problème de la chaussure et du vêtement (adieu! machine à coudre!) qui allait - bien sûr - perpétuer ces exercices, tours de force de ravaudages, de transformations et de retournements et les amplifier encore davantage. Equations de lessive, de récipients, d'hygiène et parfois de promiscuités.

    Et de plus c'était pour les personnes de santé délicate, les supplémentaires inquiétudes faciles à concevoir.

    Il faut relater que dans l'ensemble, les Lensois surent faire face aux difficultés, aides, les uns pour leur accoutumances aux tâches manuelles - ce furent les moins malheureux - les autres par une adaptation à laquelle déjà, des tribulations vécues les avaient enrichis d'expérience (pour deux femmes et quatre enfants, c'était leur troisième branle-bas depuis l'évacuation du n°XI).

    Enfin, la chose vaut d'être soulignée, l'abandon relatif dans lequel se trouvaient les Lensois de Sambre-et-Meuse - par opposition à ceux du Condroz dont il sera bientôt parlé - avait fait resurgir du tréfonds ces valeurs de sursaut dont il convient de ne jamais désespérer chez les gens du Nord.

    Dans cette ambiance ordonnée de méthode et de labeur qui caractérise la vie belge, les Lensois "repiqués" allaient savoir s'acclimater. Qui mieux est, ils allaient, enfants compris, sans s'en douter, s'assouplir pour le long temps qu'il leur restait à vivre, quelque part, ailleurs encore, avant de retrouver une vraie maison - à eux."

                                                                                                                                        (à suivre)

09:00 Écrit par Bob dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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