30/04/2007

"Vous savez ... ou ... savez-vous?"

"Avril 1917.

Thy pano Pairelle    Je viens d'éprouver un grand plaisir et une grande satisfaction qui compensent une petite déconvenue remontant aux premiers jours de notre arrivée. En effet, dans le café où nous sommes entrés une fois, tenu par un vieux, très vieux menuisier qui s'appelle Robert et dont l'ancien atelier, furtivement entrevu, fait penser au moulin de Maître Cornille, nous avons demandé à consulter le calendrier des Postes.

- Le quoi?

- Le calendrier de la Poste. Oh! n'importe lequel, un d'avant guerre, car certainement, vous non plus ne devez plus en avoir depuis 1914.

- Nous ne comprenons pas. Vous désirez un calendrier?

- Oui, le calendrier de la Poste, celui que le facteur vous apportait aussi probablement chaque année à la veille du jour de l'an. Oh! vous savez, ce n'est pas pour les jours que nous le demandons, c'est pour examiner la carte qui est derrière, pour savoir un peu mieux où nous sommes, à Thy-le-Château, par rapport à la région.

    Le père Robert a levé ses grands bras au ciel et a répondu de sa voix traînante:

- Mais nous n'avons pas ça en Belgique, savez-vous!

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    Eh! Non! J'en ai parlé ailleurs: les Belges ne sont pas accoutumés à recevoir cet objet familier en France qui nous apporte, en plus de la liste des localités, les heures du lever et du coucher des astres, les jours de foires et francs-marchés et encore cette carte d Pas-de-Calais, aux neufs cents communes, sur laquelle, il y a deux ans, nous nous penchions et repenchions pour trouver, aidés d'une épingle, ces noms de villages devenus fameux: Neuville-Saint-Vaast, Ecurie, Roclincourt, Neuve-Chapelle, Festubert, dont il faut avouer qu'auparavant nous n'avions guère entendu parler. Tout cela pour essayer de déterminer cette ligne du front, dans l'ignorance quasi totale où nous nous sommes trouvés à Lens, au début, pendant de longs mois.

Thy quartier du Fourneau    Or, hier, entré en conversation avec le contremaître de l'aciérie qui habite l'une des quatre belles maisons voisines de celle de M. Brichot, le directeur, j'ai appris que les Allemands ont "râué" toutes les cartes régionales et qu'il ne se soucie pas de les voir remplacer dans les magasins, bien au contraire. Cet homme d'âge mûr, qui est le gendre du menuisier, m'en a donné une, conservée d'avant la guerre, et j'ai pu l'examiner fructueusement d'abord et, bien volontiers en prendre ensuite le décalque. Tantôt, je me suis senti bien fier de le montrer à un amis lensois, jeune dessinateur aux mines avant 1914, enchanté lui aussi de l'aubaine et, de son côté, il m'a partagé sa récolte d'informations administrative."

                                                                                                                                (à suivre...)

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