28/04/2007

"Comment êtes-vous retombés?"

3Thy Pairelle 1923    "Telle a été, dès les premiers jours, les Lensois qui se revoyaient et bavardaient bon train çà et là: aux distributions de soupe et de torréaline, effectuées désormais au local situé en retrait, la où commence la Pairelle après la Villette d'en-bas, dans un vieux coin, près de chez Dupont les carrossiers. (Dame, nous commençons à connaître quelques noms propres du patelin); aux deux recensements administratifs qui furent faits et refaits - à ce que nous appelons la mairie - et surtout à l'inscription pour le ravitaillement futur, celle où il n'a manqué personne!; enfin à l'église qui, pour les pratiquants assez nombreux en ce moment, est un lieu de rencontre tout naturel.

    Et chacun y allait, y va encore de sa petite histoire.

- Nous avons été hébergés quelques nuits dans une maison et nous avons trouvé à nous loger un peu plus loin, deux familles ensemble.

- Moi je suis chez des Belges, dans une dépendance.

- Nous, c'est dans une belle place qu'ils m'ont aménagée "sul'costé".

- Nous, nous sommes dans un beau château avec du marbre, mais on sent les courants d'air.

- Nous dans une maison qui était vide où nous avons transporté avec une brouette du mobilier prêté par huit personnes différentes: on a tout marqué pour ne pas se tromper quand on le rendra.

- Nous, nous avons eu des lits vivement faits à l'usine, en bois brut, avec des planches dans le fond. L'instituteur a fait des bons de paille, mais c'est que ça monte dans le pays! ... on n'est pas habitué ... surtout en sabots. Avec ça il tombait une petite neige. On s'en souviendra.

- Moi, j'ai eu plus de chance que vous, il y a une demoiselle qui est venue m'apporter un édredon.

- Pas possible!

- Et les vieux? On dit qu'ils sont chez les soeurs. Il paraît qu'il y en a un qui va mourir.

- On ne sait pas qui? Non! Ca doit être un évacué d'Angres qui a perdu sa femme à Lens!

- Et le vieux Roussel, le charcutier?

- Il ne va pas fort, c'est la grande Hélène qui le soigne, une brave fille: il n'ira plus loin. Ah! quel malheur!

- A propos, vous savez que, par ici, on a encore le droit de se faire tirer en portrait?

- Vous dites?

- C'est comme ça, mais pas à Thy-le-Château. Il faut aller à Laneffe, le dimanche après-midi: après le champ Bourdon, vous continuez sur Gourdinnes et après, vous demandez.

- Moi j'ai entendu dire qu'on pouvait y aller en suivant la ligne de chemin de fer ... elle est toute démolie, et que c'est plus court.

- De quel côté? Du côté du couvent.

- Du côté du couvent?

Thy abbaye bénédictines- Bien sûr, il y a un couvent dans le pays. C'est des curés qui ne sont pas curés ... et c'est des Français ... Même qu'ils nous ont prêté des sommiers en fer et des matelas étroits. Tous ceux qui y vont sont bienvenus, mais maintenant ils n'arrivent plus à contenter tout le monde.

- Des curés qui ne sont pas des curés: c'est vrai, car paraît-il, il y a dans le pays, à l'écart, dans une grande bâtisse aménagée, des Oblats de Marie Immaculée, des Français, au juste quelques vieux, depuis que les jeunes (car c'était un noviciat) sont repartis en France, le dimanche de la mobilisation."

                                                                                                                                          (à suivre...)

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