26/04/2007

"Une curieuse topographie."

3Thy vue prise des Falises 1906    "Que c'est drôle! Ce pays accidenté où les jardins sont disposés en terrasse, ce qui fait que d'un côté de la rue, on descend à la cave pour y aller, tandis que de l'autre côté, on doit être obligé de monter l'arrosoir plus haut que le grenier.

    Le nôtre, car nous avons un jardin, va en descendant et s'il ne nous permet pas d'y cueillir du romarin comme dans la chanson, il va nous donner l'espoir d'y puiser quelques légumes au bon temps.

    Nous nous sommes mis à le bêcher, mon père et moi, nous reposant souvent, à tour de rôle, lorsque l'autre se sert de l'outil que le voisin belge nous a prêté. Deux fois vingt coups de louchet, c'est déjà beaucoup pour nos faibles forces.

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    Aussi, les pieds calés en des sabots de frais bouleau (Dieu sait si les deux sabotiers bien honnêtes ont d'ouvrage aujourd'hui!) nous avons tout loisir de scruter l'horizon.

001vue prise du chêniat1904    Voici "Les Gradins", à gauche, tout près de nous: en briques, deux groupes de quatre maisons qui dégringolent le raidillon conduisant à l'ancien village. Celui-ci a dû se bâtir autrefois auprès d'un vieux château dont il reste plus qu'une tour basse en poivrière, mais pourtant habitée. Tout près, dans le bas-fond, l'église en pierres taillées, au clocher carré finement élancé, cache mal un chemin qui conduit à Berzée et qui semble monter plus haut que le clocher.

    Puis c'est l'Ignoli, un quartier écarté qui ramène à Djette-Faux, le flanc ensoleillé.

3Thy chât champ bourdon    Vers le Nord, quelques bois éloignés masquent le paysage et voici qu'à la droite, bien posé dans un parc qu'on appelle Champ-Bourdon, un superbe château récent de construction, domine le pays.

    Lui aussi abrite les Lensois, mais comme notre maison, il n'est pas très meublé et, dit-on, des salons aux cuisines, le calme n'y règne pas toujours entre les occupants, trop nombreux et trop variés.

3Thy quartier du Fourneau    Dans le fond du val, les bâtiments des Usines trahissent leurs ajoutages qu'encadrent le Fournal, le Chenial et aussi la Pairelle, tous lieux-dits, pavés d'inusables pavés, d'inusables petits grès pointus qui ont couleur de ceux des trottoirs du Vieux-Lens. Voila qui nous ramène au centre dégagé, plus aéré, de ce curieux pays.

    Le Centre, le vrai, c'est là où en pleine rue, le train - le nôtre - s'est arrêté l'autre soir. C'est dans cette belle école, centre communal auprès d'un beau terrain qu'on croirait réservé. C'est un joli chalet proche de magasins et d'un bel atelier, tout au long bien placés; C'est vraiment le quartier le plus neuf.

    Et pour ajouter encore à la diversité, quelques granges massives échancrent le tableau, le jalonnent, construites en pierres sombres et revêtues d'ardoises.

    Quinze cents âmes avant la guerre. Un millier seulement depuis l'invasion qui a fait fuir momentanément la population toute entière. D'aucuns sont restés en France et leurs jeunes conscrits luttent sur l'Yser.

    Mais désormais, de Berzée au Champ-Bourdon et de la Villette à Jette-Faux, quelque six cents Françaises et Français, jeunes et vieux surtout, de la ville et du Grand-Condé explorent le terroir tous les jours davantage.

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3Thy Pairelle 1929    Voilà quinze jours passés, déjà! depuis le ... débarquement et il arrive souvent que dès le soir, en notre maison sans lumière, nous nous mettons à penser. Que faire d'autre?

    C'est juste comme au premier hiver de guerre à Lens: l'hiver noir, si long, sans pétrole (nous méditions le couvercle du poêle entr'ouvert pour ménager quelque lueur) et ensemble nous repassions les événements pour n'en rien oublier.

    Nous ne savons rien de Lens, rien, rien ... et lorsque nous reverrons nos parents - où? et quand? - nous aurons déjà tant de choses à leur dire ..."

                                                                                                                                 (à suivre...)

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