24/04/2007

"Les premiers rêves."

    "Quelques instants plus tard, sur des tables d'emprunt, on nous apporta des bols de soupe chaude où nous avons reconnu les haricots américains - en noir et en couleur - du ravitaillement. Et aussi des tartines d'un pain pareil à celui de Lens. Il y avait du lait pour les enfants et nous en avons conclu aussitôt qu'il devait encore y avoir des vaches dans le pays!

    Prendre quelque chose de chaud au bout de vingt-quatre heures, pouvoir ouvrir ses paquets, en faire un oreiller, pouvoir s'étendre et ne plus avoir à guetter le bruit du canon, bref se sentir arrivé, c'était déjà une consolation, comme disait la petite vieille à côté de nous, pour le jour de ses soixante-dix ans!

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    Le lendemain matin, au petit jour, quel ne fut pas l'étonnement des Lensois en entendant - tout près - quelques coups d'une cloche d'église.

    Et bientôt encore quelques coups.

    Et une troisième fois!

Thy quartier église color & mais communale    Pas d'erreur! C'était un Angélus, le premier écouté depuis des années. Car depuis le 4 octobre 1914, les cloches de Lens sont restées muettes sauf aux jours de 1915, où, au lendemain de leurs grandes victoires de Russie, les Allemands les ont mises en branle.

    Cette sonnerie fut comme un signal et quelques instants après, les premiers réveillés, du perron de l'école, contemplaient cette église toute proche, dans le fond, vaguement aperçue du train, la veille au soir.

    Le deuxième émerveillement fut de voir des chevaux attelés à des instruments aratoires, et non pas seulement comme à Lens, à des voitures militaires.

    Enfin! Oh! Enfin! Celui vers qui convergent encore tous les yeux, c'est ce beau facteur belge qui apporte des lettres, avec des timbres, dans les maisons. Quoi? Les Belges ont encore la poste? Mieux encore: ils ont gardé leurs chemins de fer, un peu plus chers sans doute qu'autrefois et suivant des horaires moins riches. Ils peuvent voyager, aller à Charleroi ou à Bruxelles si cela leur plait. Toutefois - et ils s'en plaignent! - ils sont obligés d'aller à Berzée pour prendre le train.

    Mais alors, ce n'est pas la guerre par ici!

    La preuve, eh bien! c'est qu'il y a des oeufs ... Oui, des oeufs à cinq sous, mais déjà, on prévoit qu'ils vont augmenter ... Et depuis quinze jours, ils ont fait pis qu'augmenter ... Ils ont disparu."

                                                                                                                                (à suivre...)

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