18/04/2007

La légende de Midone de Bioul

MaqMONT    Il y a quelque huit cent ans, le marquis de Namur était excédé par les rapines et des actes de brigandage des seigneurs, ses vassaux. Ceux-ci, à partir de leurs châteaux dominant la Meuse et ses affluents, dépouillaient les marchands et pèlerins qui passaient à proximité, pillaient les abbayes et faisaient des incursions dans les villages, où ils malmenaient les manants et maltraitaient les femmes. Il décida donc de mettre fin à toutes ces actions et donna en fief et hommage la seigneurie de Montaigle, à un homme en qui il avait toute confiance, le comte de Berlaymont, à charge de ce dernier de contenir les vassaux, d'assurer les droits de suzerain et d'établir la paix entre les barons. il s'attela sans tarder à sa tâche, mais sa fermeté et sa bravoure lui valurent des haines, si bien qu'un jour de chasse, on le retrouva assassiné au coin d'un bois.

    Son fils continua son oeuvre de pacification, puis ce fut au tour de son petit-fils de prendre la relève et ce dernier parvint enfin à imposer la paix dans la région. Seuls quelques seigneurs résistaient encore, ils auraient voulu continuer leur vie de châtelains querelleurs et maraudeurs, mais ils craignaient le courroux du comte de Montaigle. Ils le haïssaient et avaient à leur tête le sire de Bioul. Les  sires de Bioulx étaient devenus les ennemis héréditaires des comtes de Montaigle.

    Le seigneur actuel de Bioul, vieil homme valeureux, mais cruel et insociable savait que sa haine s'éteindrait avec lui, car il n'avait qu'une fille, alors que le comte de Montaigle avait un fils, du nom de Gilles, un redoutable chevalier.

    Un jour de chasse, ce dernier chevauchait en compagnie d'un ami, lorsqu'il aperçut à l'orée du bois une jeune fille mélancolique et rêveuse qui regardait passer la joyeuse compagnie. Gille s'informa auprès de son ami qui elle était et il apprit qu'il s'agissait de Midone, la fille du vieux seigneur de Bioul. Le lendemain, il voulut la chasser de son esprit, en vain.

    Depuis cette rencontre, il allait pensif, et un jour qu'il suivait le sentier qui longeait la rivière, il entendit soudain une voix mélodieuse qui chantait. Arrivé devant une petite clairière, il vit, agenouillée devant une petite madone rustique, Midone qui priait. Il lui déclara sa flamme et apprit qu'elle n'était pas indifférente à son charme.

    Dès lors, chaque jour, ils se rencontraient près de la petite chapelle et allaient par la forêt, loin des indiscrets qui auraient pu trahir leur secret. La venue de l'hiver allait mettre un terme à ces petits rendez-vous clandestins et il fallut bien annoncer leur amour aux parents.

    Gilles parla à son père dès le lendemain de leur dernière rencontre et celui-ci lui accorda son consentement avec empressement, voyant dans cette union la fin d'une vieille querelle qui n'avait que trop duré.

    Midone, pour sa part, n'osait s'acquitter de son message et hésita quelques jours encore jusqu'au soir où elle vit son père moins farouche. Elle fit part de son intention d'épouser Gille de Berlaymont et de leur espoir de voir leur projet approuvé. Le vieux sire de Bioul entra dans une colère noire et lui dit qu'il la préférait savoir morte que de la savoir épouser un Berlaymont.

    Quelque temps plus tard, voyant sa fille en pleurs, le sire de Bioulx lui demanda la raison de son chagrin et devant son obstination à vouloir épouser Gille et à braver son autorité, il la chassa du domaine. Midone n'eut d'autre ressource que d'aller se réfugier au château de Montaigle où, à son grand étonnement, elle fut reçue à bras ouverts. Gille lui proposa alors de l'épouser dès le lendemain dans la chapelle du château.

    Le lendemain, dom Ançon, le chapelain des Berlaymont alla voir le seigneur de Bioulx afin de lui annoncer les épousailles de sa fille unique et de lui proposer d'effacer toute haine entre les deux familles.

    Pour toute réponse, le seigneur de Bioul courroucé maudit sa fille et promit à l'abbé de venir bouter le feu au château de son ennemi. Les deux troupes se rencontrèrent dans la plaine, au pied du pic de Montaigle.

    Le vieux comte de Bioul, à la tête de ses troupes poussa son cri de guerre "A l'aide Bioul" et se lança à l'attaque. Gille, à son tour,  cria de sa voix puissante "Montaigle à la rescousse" et se lança également au-devant des assaillants.

    Eplorée, Midone, par une croisée du château, assistait à la bataille. Horrifiée, elle priait la vierge. Gille pendant ce temps, voyant ses troupes faiblir, s'élança contre Bioulx et le duel s'engagea. Midone qui les a vus, poussa un grand cri et se précipita pour séparer les deux hommes qui se partagent son coeur. Voyant son père fondre sur Gille, Midone se précipita au-devant du cheval de son père et le supplia d'arrêter. A sa vue, la fureur du comte redoubla et il la transperça de son arme, puis le vieux cruel poussa son cheval qui piétina le corps de sa fille. Transporté par la rage et la douleur, Gille abat, d'un coup d'épée le cheval de son beau-père, puis d'un autre coup, tranche la tête de son ennemi.

    Gilles resta inconsolable et le séjour de Montaigle lui devint insupportable. Il partit pour la Terre Sainte où il tomba sous les coups des infidèles. Ses vieux parents, accablés de solitude, abandonnèrent le castel de Montaigle et se retirèrent à l'abbaye proche de Waulsort où ils finirent leurs jours.

    L'ombre de Midone éplorée erre seule la nuit parmi les ruines du château, vêtue de sa robe blanche d'épousée, cherchant partout Gilles, l'homme cher à son coeur. Elle va ainsi toute la nuit jusqu'au moment où la lune s'éteint dans la blancheur de l'aube.    

    Une fois tous les dix ans, le jours de la Toussaint, au premier coup de minuit, un cri strident et prolongé s'élève des ruines de Montaigle: "Gilles!" qui vrille les ténèbres et fait passer dans le coeur des enfants réveillés un frisson de terreur.

                                                                                                                              

23:57 Écrit par Bob dans Légendes | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : bioul, falaen, villages esm, montaigle |  Facebook |

Commentaires

je suis contente ... de retrouver cette légende !

Écrit par : mariwi | 21/04/2007

Bonjour

J'aime bien la legende et en plus l'image de la réconstruction du chateau de Montaigle qui l'acompagne.
Si vous en avez une image en résolution plus haute, ca m'interessait. Je suis en train de faire quelque chose pour une visite avec des élèves et cela les aidera a mieux comprendre ...

Bien à vous.

Écrit par : Bob | 05/06/2011

Bravo pour toutes ces info sur le superbe site de Montaigle.

Je ne connaissais pas cette légende. Voilà qui est très intéressant. Pour intérêt mon article sur Montaigle :

http://chateaux-de-belgique.blogspot.com/2011/06/chateau-fort-de-montaigle.html

Écrit par : Cédric | 21/06/2011

Les commentaires sont fermés.