14/04/2007

Voitures publiques et Malles-poste

 

malle poste timbre Ciney Dinant

    Les dernières voitures publiques qui emmenaient jadis les voyageurs disparurent petit à petit de nos chemins de campagne au début du XXe siècle. Elles furent bientôt supplantées par le chemin de fer vicinal.

    La plupart de celles qui subsistaient encore à la veille de la première guerre mondiale furent remplacées par un service d'autobus, comme l'avait décidé le ministre des Chemins de fer. La guerre qui survint entre-temps les maintint encore en place pour quelques années; d'autres qui avaient déjà été remisées dans les hangar reprirent du service pour assurer le transport des voyageurs  là où les lignes ferrées avaient été endommagées ou supprimées par l'occupant.

hamoir malle poste    Dans la matinée du dimanche 1er  juin 1924, les hennuyers virent le dernier parcours entre Sivry-Poste et Sivry-Station. L'après-midi, le service fut assuré par un autobus. Il ne subsistait plus alors en Wallonie qu'une seule diligence à traction chevaline, c'était celle qui assurait encore le service des voyageurs entre Ciney et Dinant.

    Celle-ci, aux mains d'une entreprise privée, ne transportait toutefois plus les plis postaux depuis la mise en service de la ligne de chemin de fer du Bocq.

    Début 1925, un service d'autobus fut établi entre Ciney et Dinant qui effectuait le trajet trois fois par jour. L'entreprise privée ne s'avoua pas vaincue pour autant et Joseph Lamor, le propriétaire releva le défi et continua son service comme par le passé. Le maintient ne fut pas de longue durée et l'intrépide cocher dut jeter le gant après quelques semaines de lutte inégale.

    Le journal local "Les Nouvelles du Condroz" du dimanche 9 novembre 1930 rapportait dans ses colonnes cet article signé d'un certain Pol Judon:

    "La dernière diligence en service en Wallonie.

Jules Lamor et mules    La semaine dernière, deux forts chevaux ont amené vers Liège la vieille diligence qui a fait le service Ciney-Dinant jusqu'en 1925.

    On se rappelle que son propriétaire, M. Joseph Lamor, avait espéré lutter, malgré tout, contre la concurrence d'une ligne d'autobus, créée en 1924.

    Après quelques mois, il avait fallu se rendre à l'évidence: en notre siècle d'essence et de vapeur, la "diligence" et ses deux mules n'étaient plus de leur temps. Elles subirent le sort impitoyable réservé aux vieilles choses d'ici-bas et, du jour au lendemain, elles furent, c'est le cas de le dire, supprimées de la circulation.

    C'est un reste du bon vieux temps qui disparut définitivement.

    Le char à banc du père Lamor et de Jules, des Dernelle, des Barzin, des Maurair était bien beau, cependant! On le revoit, ni vert, ni gris, ni jaune, mais de cette couleur indéfinissable de la route qu'il parcourait.

    Haut sur roues, coiffé d'un immense bonnet-abri des marchandises, anguleux, ceinturé d'une bande claire où se lisaient les noms de ses destinations, il avait bel air quand même!

    Là-bas, vers Achêne, vers Sorinnes, la vieille voiture supportait tout: la bise qui fouette, la neige fine et les rafales sifflantes de la pluie.

    Jules Lamor, qui a assuré pendant trente-cinq ans le service de la diligence Ciney-Dinant en a connu de riantes et tristes aventures, des incidents et des accrocs au cours de tous ses déplacements.

    Le dernier char-à-bancs de Wallonie vient d'être acquis par le Musée de la Vie Wallonne à Liège. C'est là la reconnaissance pour bons et loyaux services. Il méritait d'être conservé, car il marque une date dans l'histoire des transports dans notre pays."

malle poste Ciney Dinant    Jules Lamor dut se reconvertir en troquant son habit de cocher contre une salopette de conducteur de camions, au service de "l'Economie Populaire", entreprise cinacienne plus connue sous le vocable de "l'Epécé".

    Pour ce qui concerne la malle-poste qui assurait le service entre Ciney et Dinant, un extrait du calendrier de 1981 édité par l'ASBL Pro-Post et la Régie des Postes nous procure quelques informations:

    "C'est Monsieur Léon Sommelette, né à Achêne en 1850, qui fut le dernier conducteur à assurer, au début de ce siècle (il s'agit du XXe siècle), le dur service du transport du courrier postal entre Ciney et Dinant.

    Il s'agissait, en effet, d'un service assez pénible.

    La poste quittait la poste de Ciney à 7 heures du soir et arrivait à Dinant à 9 heures.

    Après avoir remis les dépêches à la poste, le conducteur restait à Dinant jusqu'à 2 heures du matin.

    Un service postal spécial préparait le courrier à destination de Ciney.

    La malle-poste Ciney-Dinant n'était pas très confortable, il y avait place pour huit voyageurs dont deux s'installaient à côté du conducteur.

    Une boîte aux lettres était accrochée à l'arrière et un coffre blindé, fermé à clef, était destiné à contenir les dépêches. Fermé au bureau de départ, ce coffre était ouvert au bureau d'arrivée par les préposés de la poste.

    En 1932, à l'occasion d'une intervieuw, Monsieur Léon Somelette, alors âgé de 82 ans, confiait au journaliste qui désirait savoir s'il n'avait jamais eu peur de circuler seul ainsi la nuit:

"J'avais un chien-griffon 'Serdjant' qui était admirablement dressé. Il faisait le voyage sous la voiture marchant derrière le cheval et chaque fois que nous croisions un passant il baissait la tête, laissait passer la voiture et suivait alors en surveillant le convoi. Si quelque riverain avait une lettre à mettre à la boîte, il devait me faire signe d'arrêter et j'appelais 'Serdjant' pour permettre à la personne d'approcher de la boîte aux lettres"."

Vresse malle poste    La confusion est aisée, à notre époque, entre ces deux modes de locomotion. La malle-poste, ainsi que le cabriolet appelé "chaise de poste", étaient spécialement destinés au service de la poste, quoique prenant en plus quelques voyageurs. La voiture publique ou diligence, par contre, était destinée au transport de personnes et de marchandises. Occasionnellement, elle prenait également des dépêches et correspondances. Ci-contre, un extrait d'une carte postale représentant la malle-poste qui circulait entre Vresse et Graide.

    De plus, le personnel du service des postes était astreints au port de l'uniforme. Un extrait de l'Arrêté Royal paru au Moniteur le 8 mars 1833 en témoigne:

    "Léopold 1er, Roi des Belges,

A tous présents et à venir, SALUT:

Considérant, ...

Sur la proposition de Notre Ministre des Finances,

Nous avons arrêté et arrêtons:

Article 1er

    Les Maîtres de poste, ... et les Postillons dépendant de l'Administration des postes, sont tenus d'être habituellement revêtus d'un uniforme, dans l'exercice de leurs fonctions.

Article 2e

    Pour les Maîtres de poste: ...

    Pour les postillons:

    Habit-veste en drap bleu de roi, fermé sur le devant de neuf boutons, collet droit évasé, parements, retroussis, et passe-poil en drap rouge. Les boutons en métal jaune, comme ceux des courriers. Un écusson en galon d'or entre les boutons de la taille, et un galon d'or de vingt millimètres autour du collet. Pantalon ou culotte de peau jaune, bottes fortes et demi-fortes. Un écusson portant le lion Belge, avec l'indication du nom du relais et le numéro du postillon, en métal jaune, porté au bras gauche sur une bande de drap bleu, passe-poil rouge; largeur de la bande, soixante-dix-huit millimètres.

    Après vingt ans de service, les postillons pourront porter un second galon sur le collet et après trente ans un autre sur les parements.

Article 3e

    Les courriers seront munis d'armes, tant pour leur défense personnelle que pour la sûreté des dépêches qui leur seront confiées.

Article 4e

    Les objets d'habillement et d'équipement dont l'emploi est ordonné par le présent arrêté, seront établis et entretenus aux frais des agents qui doivent en faire usage..."

    Certains privilèges étaient d'autre part accordés aux conducteurs de malles-poste. Ceux-ci étaient évoqués sur le même calendrier de 1981:

    "La Poste avait ce privilège qu'on devait laisser à ses postillons en habit bleu, galonné et bordé de rouge, le milieu du pavé de la chaussée.

    Quand la route existait, sa largeur était bien souvent réduite à un strict minimum et toutes les voitures devaient suivre les mêmes ornières profondes.

    Il était interdit aux postillons de se dépasser, sauf en cas d'accidents, ils devaient se maintenir dans l'ordre de départ mais ils bénéficiaient de la priorité absolue sur les autres véhicules tenus de leur céder le passage.

    Le claquement du fouet et le bruit joyeux des grelots attiraient bien sûr l'attention des autres conducteurs sur la présence d'une malle-poste mais c'est au moyen du "cornet de poste" que les usagers étaient avertis d'avoir à obtempérer aux ordres des postillons. C'est un instrument de chez nous et son utilisation officielle date de l'instauration du premier réseau des postes internationales dont le centre d'organisation se trouvait à Bruxelles.

    C'est François de Tassis, premier Grand Maître des Postes qui, il y a plus de 450 ans, dota ses postillons de cet objet sonore du modèle de la trompe de chasse.

    Cet instrument efficace ne protégeait cependant pas la malle-poste des agressions, c'est la raison pour laquelle les postillons disposaient d'un pistolet d'arçon glissé dans une fonte.

    Cette arme servait obligatoirement tant à la défense personnelle des intéressés qu'à garantir la sécurité des dépêches transportées."

                                                                                                                             

Commentaires

je ne vois pas mon commentaire d'hier, si doublon, excusez moi.
Je cherche cette carte postale http://static.skynetblogs.be/media/85130/dyn004_original_480_305_pjpeg_2591215_d6a3a4c53151e099cc80aa2338359803.jpg
Auriez vous des indications me permettant de la trouver ?
D'avance merci

Écrit par : François | 25/08/2012

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